Les scientifiques

Laurent Schwartz, mathématicien, médaille Fields

Il fut mon professeur de mathématiques à l’école Polytechnique en 1967 et 1968.

Il est surtout connu pour sa découverte des « distributions », un concept mathématique  qui lui valut la médaille Fields (l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques). Il nous l’enseignait en 1967/68, devant un parterre d’élèves muets de vénération. On aurait entendu voler une mouche.

Plein d’humour, prodigieusement intelligent. Alors, quand j’ai trouvé un livre sur sa vie, je me suis jeté dessus. Voici les passages qui m’ont frappé, lisez, lisez quelques citations !

Inventer quelque chose

« L’invention des distributions eut lieu à Paris, au début de novembre 1944… Elle se produisit en une seule nuit. C’est là un phénomène assez fréquent que j’ai vécu plusieurs fois dans ma vie et que beaucoup de mathématiciens connaissent… Il est évident que le processus n’est pas concevable si l’on n’imagine pas de nombreuses réflexions antérieures restées infructueuses mais emmagasinées dans le cerveau. Un déclic survenant à l’occasion d’une circonstance particulière réunit parfois les chemins ébauchés. Il s’agit là d’un phénomène essentiel pour la découverte»

Tenir bon

Mon père m’expliqua solennellement la chose suivante : « si, dans une circonstance déterminée, tu te trouves seul de ton avis contre tous les autres, essaie de les écouter, car peut-être ils ont raison et tu as tort. Mais si, après avoir réfléchi, tu conserves ton avis tout en restant tout seul, il faut le dire et le crier très fort. »

L’intelligence

« La rapidité d’esprit n’a pas de rapport précis avec intelligence. Ce qui importe est de comprendre les choses en profondeur, ainsi que leurs relations les unes avec les autres. Là réside l’intelligence. »

L’abstraction

 » On ne monte dans l’abstraction à des hauteurs vertigineuses que parce que chaque objet abstrait est devenu concret par l’usage ; c’est une question de temps et d’énergie, mais on n’y parvient toujours. C’est ce qui fait l’immense difficulté de vulgariser les mathématiques.

À ce propos, un professeur avait défini un objet abstrait comme un objet qu’on ne peut ni voir ni toucher, et un objet concret comme un objet qu’on peut voir et toucher. Oui, avait acquiescé un élève, mon caleçon, par exemple, et concret tandis que le vôtre est abstrait, parce que je ne peux ni le voir ni le toucher. »

Le lecteur et l’auteur

 » Le lecteur qui lit un livre bien écrit ne voit plus quelles ont été les joies et les souffrances de l’auteur. Il peut être instructif de lui dévoiler. »

Désespoir et violence

 » Le désespoir explique la violence, il ne la justifie pas. »

L’humour avec les femmes de Boussinesq

« Le célèbre mathématicien Boussinesq, grand scientifique, perdit autrefois sa femme. L’enterrement, qui avait commencé par une journée très dégagée, se termina sous une pluie battante. Tout le monde fut trempé. Il se remaria, devint veuf à nouveau, et le même phénomène météorologique se reproduisit lors des obsèques. Lorsque sa troisième épouse mourut également, les funérailles se déroulèrent sous un ciel qui reste au beau fixe, et tous les universitaires qui assistaient avaient emporté un parapluie. Émile Borrel (grand manitou des probabilités à la Sorbonne) se tourna vers Polya, mathématicien étranger et lui dit :

« Ecoutez, Polya, n’est ce pas lamentable ? Nous sommes des universitaires, ne sommes pas superstitieux. Je suis probabiliste, je sais pertinemment qu’il ne peut exister aucun rapport entre la pluie et l’enterrement de Mme Boussinesq. Et cependant j’ai apporté mon parapluie… »

« Pas du tout, répondit Polya, nous travaillons sur des faits scientifiques. Or c’est un fait scientifique avéré qu’il pleut souvent à l’enterrement de la femme de Boussinesq. »

Sécher (c’est à dire ne pas trouver)

 » La « sèche » est intrinsèque à toute recherche. Elle peut bien sûr devenir pénible si elle se prolonge trop. Mais, dans une certaine mesure, j’aime « sécher ». En effet, quand une chose marche toute seule, on a tendance à ne pas faire assez d’efforts. Au contraire, dès qu’on sèche, on désire à tout prix vaincre la difficulté, comptant sur toutes les forces de son organisme et, au bout d’une journée, on finit par trouver quelque chose. Pas forcément, certes, ce que l’on cherchait, mais sûrement quelque chose d’intéressant… (Dans ce processus), il faut avoir le courage de parfois tout recommencer… En fait, c’est beaucoup plus facile qu’on ne l’imagine à l’avance, car on  tourne et retourne les connexions des différentes parties … C’est cette alternance de joie et de souffrance qui est au coeur de la recherche. Il faut y habituer les jeunes. »

 

2 – André Brahic, astrophysicien, décédé le 15 mai 2016

Co-découvreur des anneaux de Neptune.

« Un jour, j’avais une conférence à faire dans le sud de Paris, à 21 heures. C’était embouteillé, je suis arrivé avec 15 à 20 minutes en retard et, comme je me sentais coupable, j’ai voulu me faire pardonner. J’ai commencé à raconter des choses au public, et puis j’ai éprouvé un moment de fatigue. J’ai demandé : « cela ne vous dérange pas qu’on s’arrête cinq minutes pour que je boire un verre d’eau ? » Et tout le monde a rigolé. J’ai regardé ma montre : il était 2h45. J’ai voulu arrêter mais on m’a dit : « non, non ! On a des questions à vous poser. » Alors ils m’ont posé des questions et libéré à six heures. Je suis arrivé chez moi à sept heures du matin et ma compagne a ouvert un œil en disant : « D’où viens-tu ? » J’ai répondu que je venais de faire une conférence elle m’a dit : « trouve autre chose ! »

1 pensée sur “Les scientifiques”

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