La crique de l’oiseau bleu

Il était une fois une femme de désir au cœur trop solitaire. Elle vivait seule à bord d’un navire amarré dans une crique au bord d’une côte de rochers couleur de sable. Tous les jours, elle plongeait dans l’eau claire et s’amusait avec les poissons d’argent. Et tous les soirs, elle mettait une robe couleur de soleil couchant. Elle dînait sur le pont du navire. Elle s’asseyait devant une table éclairée par des bougies jaune pâle et sur laquelle était dressés deux couverts, avec la plus belle argenterie du monde et des verres de cristal. Elle dînait seule en attendant on ne sait pas qui, on ne sait pas quoi. Et jamais personne n’était venu à bord, jamais. Après le repas, elle écoutait le bruit de la mer et songeait.

Cela durait depuis toujours, (ou presque), et la femme de désir au cœur trop solitaire ne sentait pas le temps passer.

Un soir, après son repas solitaire, cette femme regardait la mer lorsqu’elle vit une forme nager dans l’eau noire près de là coque. Elle pencha la tête et vit émerger un torse d’homme barbu qui portant une couronne de bronze bleu, puis un torse. L’homme lui dit :

« Je suis le roi des profondeurs, celles de la mer et celles du cœur. Je vis dans les eaux profondes et obscures. Femme, je t’observe depuis toujours et je sais ce que tu penses. Mais ce soir, j’ai besoin de toi car tous les ans, je dois boire au sang d’une femme de désir sous peine de mourir. Cette nuit, le temps est venu. Femme, aide moi car je suis en danger ».

Alors la femme revint vers la table et prit un verre de cristal, d’une transparence immaculée. Elle le cassa sur le bois du bastingage et se tailla le bras. Un filet de sang se mit à couler jusque dans la mer et le roi des profondeurs, celles de la mer et celle du cœur, put boire le sang de la femme comme ça, à la régalade.

Quand il eût fini, le roi des profondeurs dit à la femme :

«  Tu m’as sauvé et je te dois quelque chose. Je sais ce que tu cherches. Ecoute moi bien : non loin d’ici se trouve la crique de l’oiseau bleu. C’est l’endroit le plus merveilleux du monde et tu y trouveras ce que tu cherches. »

«  Mais comment irai-je ? dit la jeune femme, je ne sais pas naviguer » et le roi répondit :

« Les poissons te porteront »

Il replongea dans la mer et disparut.

La femme partit se coucher, l’esprit tourmenté. Elle ne parvenait pas à s’endormir et il lui sembla qu’une voix venait de la mer et parlait en disant son nom. Finalement, elle colla son oreille contre la coque du voilier. Quelqu’un disait :

« Ecoute moi bien. Le roi des profondeurs, celle de la mer et celle du cœur, ne t’a pas tout dit. De plus, les oreilles de la mer sont immenses et déjà les monstres marins racontent ton histoire qui se répand dans l’onde obscure à toute vitesse.

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