Rire et humour

Toutes celles-là, je les ADORE !!! (celles que j’ai inventées comme celles que j’ai trouvées)

Lire Montaigne

Je début la lecture de Montaigne avec courage et effroi: ce sera long… Lisons :  » La plus commune façon d’amollir les coeurs de ceux que l’on a offensez, lorsqu’ayant la vengeance en main, ils nous tiennent à leur mercy, c’est de les esmouvoir par submission à commiseration et pitié. Toutefois, la braverie et la constance, moyens tout contraires, ont quelquefois servi à ce mesme effet« 

Ouyaouille ! Ma tête surchauffe déjà ! Dire qu’il y en a 1000 pages comme ça !

Ma foi, je peux toujours faire un ESSAI

Le centre Leclerc

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J’ai voulu faire mes courses au centre Leclerc, mais ça n’a pas supermarché.

Le dilemme

Un étudiant demande à son professeur de français:  » Quelle est la
définition de dilemme ?  »

Le professeur répond:  » Il n’y a rien de mieux qu’un exemple pour illustrer ceci. Vous imaginez que vous êtes couché au milieu d’un grand lit avec une
superbe jeune femme d’un côté et un homme gay de l’autre. Le dilemme, c’est de savoir à qui vous allez tourner le dos. » 

Se lever le matin, dur dur… (raconté par Anthony de Mello)

Un monsieur frappe à la porte de son fils. « Jean Marc, réveille toi ! »

« Je ne veux pas me lever, papa« , répond Jean Marc. Alors le père crie : « Lève toi, tu dois aller à l’école » A quoi Jean Marc réplique : « Je ne veux pas aller à l’école« .

Pourquoi ? demande le père

Pour trois raisons, dit Jean Marc. Un : l’école m’ennuie; Deux : les élèves me tourmentent. Trois : je déteste l’école.

Eh bien, dit le père, je vais moi aussi te donner trois raisons pour lesquelles tu dois aller à l’école. Un : c’est ton devoir d’y aller. Deux : tu as quarante cinq ans. Trois : tu es le maître d’école.

Mon ennemi littéraire

Décidé à faire la paix avec mon ennemi littéraire, je suis allé le voir.

– Tenez, lui ai-je dit, je vous offre mon dernier livre…

– Le dernier ? Parfait, parfait !

Darwin

Un matin, le journaliste sur France Inter : « … et parmi les expositions, nous avons naturellement sélectionné celle sur Darwin… »

Celle là, on voudrait l’avoir inventée !!!

La blonde est trop fatiguée

Une brune, une rousse et une blonde sont sur une île à 1 km de la terre. Elles veulent y retourner. La brune nage 100 m, revient en disant : « je suis trop fatiguée pour aller jusqu’à terre « .

La rousse y va, nage 200 m et revient en disant « je suis trop fatiguée pour aller jusqu’à terre ».

La bonde y va, nage 900 m et revient en disant : « je suis trop fatiguée pour aller jusqu’à terre. »

Propos acide

Avez vous remarqué qu’avec les personnes au visage ascétique, les relations tournent souvent au vinaigre ?

Soucis et bataille navale

Elle a de tels soucis que la bataille navale que remportèrent les grecs sur les perses en 480 avant J.C.

Solution écrite à l’envers : enim al àç (enimalaS)

En catimini (publicité)

Ne craignez plus de partir à des soirées ennuyeuses, CATIMINI est là pour vous aider. Louez une CATIMINI  et vous pourrez quitter les lieux en toute discrétion.

Vivre bien toute sa vie

Pourquoi les banques ne prêtent-elles pas aux jeunes, après leurs études tout l’argent qu’ils vont  gagner dans leur vie de travail?  Ils le placeraient, vivraient des intérêts, et rendraient tout le capital à leur mort… Pas bête non ?

Adam

Est-ce qu’Adam avait un nombril ?

Le chat et la tartine

Considérant qu’un chat retombe toujours sur ses pattes et qu’une tartine arrive toujours par terre sur le côté beurré, que se passe-t-il si j’attache une tartine beurrée sur le dos de mon chat avant de le pousser dans le vide ?

Une déduction de Sherlock Holmes

Sherlock Holmes rencontre une fois son bon ami, le docteur Watson et lui dit :  « oh, mon cher docteur, je vois que vous n’avez pas mis de caleçon »

« Surprenant ! Mais… à quoi avez vous su cela ? » , dit le bon docteur

« Elémentaire, mon cher Watson ! Vous avez oublié de mettre votre pantalon. »

Parachute

La culture, c’est comme les parachutes: quand on n’en a pas, on s’écrase.

Texte de dictée

Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère. De ce mariage, est né un fils aux yeux pers. Monsieur est le père, Madame est la mère. Les deux font la paire. Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère. Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère. Aucun des deux n’est maire. N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère. Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire. Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère. Mais la mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd. Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils. Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y perd !

Egocentrisme

Comme je voulais savoir ce qu’on disait sur moi, je suis allé sur Wikipédia, sur google, sur 123people et sur pipl.com et j’ai tapé « MOI« . Mais je n’ai rien trouvé ! Au secours !

La mort du taon

Dehors, l’orage menaçait. L’un des insectes dit : « Voilà le gros taon qui s’annonce ».

C’était un taon qui voulait en effet sortir à taon et à contretaon, quelque soit le taon. « Ne sors pas, lui dirent les autres ! Si l’orage arrive, tu n’auras pas le taon de rentrer ! »

Mais il n’en faisait qu’à sa tête et pris son envol, malgré les supplications des autres qui criaient « Ô taon, suspends ton vol ».

Il partit et l’orage éclata. les gouttes le frappèrent et il mourut.

Moralité : un taon périt.

Gérez mon temps !

Je suis allé voir mon cardiologue et lui ai dit que je faisais dix minutes de vélo d’appartement par jour. « C’est bien, a t-il dit, mais un quart d’heure serait mieux ».

Je suis allé voir ma prof de piano et lui ai dit que je faisais une heure de gammes par semaine. « C’est tout à fait insuffisant, au moins deux heures ! » a t-elle commenté l’air sévère.

Je suis allé voir ma femme et lui ai dit que je lui consacrerais désormais vingt minutes rien que pour elle chaque soir. « C’est tout ? a t-elle gémi, comment veux tu qu’on fasse l’amour en vingt minutes ? »

Je suis allé voir mon prof d’anglais et lui ai dit que je faisais un quart d’heure d’anglais par jour. « C’est bien, a t-il dit, mais trente minutes seraient préférables « .

Je suis allé voir mon prof de ne rien faire et lui a dit que je n’avais pas le temps de ne rien faire . Il était désespéré.

Je suis allé voir mon patron et lui ai dit que je bossais en moyenne 8 h 43 pour la boîte chaque jour. « Feriez mieux de travailler au lieu de compter vos heures », a t-il bougonné.

Alors je leur ai écrit à tous en leur demandant de s’entendre pour organiser mon emploi du temps. Je n’ai reçu aucune réponse, alors j’ai décidé de faire ce que je voulais quand je voulais et aussi longtemps que je voudrais. Et que je changerais mon emploi du temps quand j’aurais envie ou qu’il le faudrait vraiment.

Non mais !

L’argent de poche

Ils sont friqués jusqu’à la moëlle et parlent de l’argent de poche de leurs deux gamins.

– Qu’est-ce qu’on donne à l’aîné ? 3000 ?

– Oui, 3000, ça va. Et au petit ?

– Pas autant, Optic 2000.

Dis moi des choses sales

Un mari et sa femme sont en pleine action et la pression commence à monter…

Elle : Vas-y sauvagement !
Lui : Oui, Oui
Elle : Continue ! Continue !
Lui : Oui, Oui !
Elle : Ne sois pas timide
Lui : Oui ! Oui !
Elle : Montre que tu es un homme !
Lui : Oui ! Oui !
Elle : Dis-moi des choses sales !
Lui : La vaisselle, le plancher, le dessous du lit …

Tranches de vie

Je lorgne le veston de la jeune femme

Sur la ligne 1 du métro,devant moi, une jeune femme tient la rambarde. Mon regard est attiré par le macarons rouge qu’elle a accroché au revers de sa veste de cuir. Je lorgne : « lose », love »… » Tiens, tiens… J’essaie de lire, m’approche malgré mon sac qui gêne mes jambes. Je lis : « It’s better to lose a lover… »

Une place assise se libère près d’elle. J’y vais, trop beau ! La phrase m’intrigue mais la jeune femme s’est maintenant installée plus loin sur un strapontin, je ne vois plus les macarons. Courage ! Je me lève et l’aborde en indiquant son veston : « Vous permettez…?  » Surprise, elle se met à rire et je lis : « It’s better to lose a lover than love a loser »

Merveilleux aphorisme ! Je remercie chaudement la jeune femme et, le coeur en fête, écris à la hâte les mots sur un bout de papier.

Le mot de la fin

Jeudi 27 août 2009, en fin de matinée, après ma conférence introductive du congrès ICFF, la table ronde sur les règles du jeu se terminait. On m’a demandé le mot de la fin et, comme il était 13 h, j’ai dit que c’était le mot de la faim. Alors, on a bien rigolé avec toute la salle et j’étais très fier de moi.

La femme sur la trottinette

Alors que je descends la rue en pente qui mène à ma poste, un passant me double soudain à toute allure. Non, c’est une passante ! Elle est en trottinette et file, file ! Magnifique, elle profite de la pente pour ne pas pédaler. Je vois les jambes fuselées, la femme élancée, droite.  Pourrais-je la rattraper au feu rouge, en bas de la rue ? Je n’en ai pas le temps, elle file. Je la vois prendre le passage piétons en pédalant vigoureusement, puis disparaître.

Qu’elle était belle ! Et qui a dit que le bonheur est compliqué ?

Le séisme (entendu à la radio en 2010, au moment du séisme d’Haïti)

Nous sommes passés voir le grand Frankétienne (dramaturge et écrivain) qui avait sa maison fissurée et était en larmes. Juste avant le séisme, il répétait le solo d’une de ses pièces de théâtre qui évoque un tremblement de terre à Port au Prince. Il m’a dit : « on ne peut plus jouer cette pièce ». Je lui ai répondu : « Ne laisse pas tomber, c’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire. »

Ma part sombre (janvier 2010)

Les événements tragiques d’Haïti réveillent en  moi un côté sombre que je n’aime pas mais dont je suis bien obligé de reconnaître l’existence : ma part « nietzschéenne » qui se moque de la morale mais éprouve du contentement à l’intensité de ce qui se passe là bas : intensité du séisme, intensité de l’émotion, intensité de la fourmilière médiatique, intensité de la souffrance, intensité des secours, importance des dons. N’importe quoi, du moment que c’est intense.

J’ai un illustre prédécesseur : Kant. Cet homme éminemment moral considérait pourtant que le séisme de Lisbonne de 1755 lui avait fait « toucher le sublime ».

Tout cela va retomber, et retombe déjà. J’ai guetté le moment où Haïti serait remplacé en « prime time » dans les média par une autre intensité. Je n’ai pas attendu longtemps, quelques jours.

En Haïti, le temps du besogneux commence. Il n’intéresse pas ma part nietzschéenne, ce n’est pas assez intense !  Heureusement qu’il y n’y a pas que cela dans le coeur des hommes.

Les Haïtiens que je vois à nouveau vivre et danser m’ont convaincu. Certains retournent déjà chez leur coiffeur.

Frapadingue ! (2010)

Je n’en ai pas cru mes oreilles. Une personne chère à mon coeur et que j’accompagne dans son séjour à l’hôpital m’a raconté ceci ce matin : on l’a REVEILLEE pour lui faire prendre un SOMNIFERE. Cela devait être dans les consignes.

Cela part vraisemblablement d’un bon sentiment, mais tout de même… Goethe disait une phrase que j’ai retenue par coeur en allemand « Gegen die Dummheit kämpfen die Götter selbst vergebens » ce qui signifie « contre la sottise les dieux eux même combattent en vain. »

Elle danse

Tandis que j’écris, je regarde par la fenêtre dans l’immeuble voisin. Une jeune femme y danse, toute seule. Elle tourne  et virevolte. Que c’est beau ! Une prof de danse ? Et puis je vois un enfant qui danse avec elle…

Je voudrais savoir

Je voudrais savoir si les fourmis dorment, et quand, et à quoi on le voit. Qui peut me dire ?

Je voudrais savoir pourquoi les soutiens gorge s’attachent presque toujours à l’arrière (parce que c’est tout de même plus facile de les dégrafer par l’avant).

Je voudrais savoir pourquoi les femmes marchent avec des hauts talons (ça doit être drôlement difficile).

Je voudrais savoir pourquoi ceux qui ont une grosse tête ne sont pas plus intelligents que ceux qui ont une petite tête, puisqu’ils ont un cerveau plus gros.

Je voudrais savoir si c’est dangereux pour le cerveau d’imaginer que des choses vont plus vite que la lumière.

Je voudrais savoir ce que veut dire l’expression « je t’aime moi non plus. » Est-ce que c’est une expression aussi poétiquement réelle que celle d’un cercle carré ?

Je voudrais savoir pourquoi les longs boudins en mousse qu’on utilise dans les piscines s’appellent « frites ». Moi, j’ai toujours vu des frites avec une section carrée alors que là, c’est rond.

 La Lybie et le chat (février 2011)

La raison vacille et mon coeur blessé s’affole. Là bas, à quelques centaines de km de chez nous, un dictateur menace de détruire son peuple. C’est le Basam Damdu des bandes dessinées de Blake et Mortimer sauf qu’ici, c’est en vrai. Je me dis « c’est un fou », comme beaucoup se disaient d’Hitler « c’est un fou ». Les démocraties ont fini par acculer Hitler à se suicider dans son bunker, qu’est-ce qu’elles vont faire pour Khadafi ?

Tout cela tourne dans ma tête et pourtant le quotidien me rattrape tandis que j’écoute les informations du matin. Fripouille, notre petite chatte, a disparu, elle ne répond pas à nos appels, souci minuscule et gros souci, nous l’aimons bien notre petite chatte. Des millions de personnes, ce matin, s’interrogent sur la Lybie tout en ayant leurs petits ou gros soucis du jour : ils sont en retard pour le travail, pensent aux courses qu’ils doivent faire pour ce soir, à un problème familial, une fin de mois difficile. Et ils ont en même temps comme moi l’esprit affolé et le coeur blessé par ce qui se passe à Tripoli.

Lâche, hypocrite. Une partie de mon bien-être d’aujourd’hui vient des compromissions que nos gouvernants ont faits vis à vis de tels dictateurs. Realpolitik, dit-on. Je m’indigne de ce qui se passe là bas et j’ai raison, mais ce matin j’ai chaud chez moi et cela vient un peu du pétrole lybien. Tout à l’heure, j’irai à la pharmacie chercher les médicaments pour ma compagne parkinsonnienne et je peux me le permettre parce que la richesse de mon pays vient aussi un peu d’une santé industrielle pas si mauvaise que ça, permise par les contrats que nos industriels passent avec les pays fous. Facile de jouer les vertueux, d’accabler les gouvernements. Je pense à tout cela en ouvrant tous les placards et en criant « Fripouille, Fripouille où es-tu?  »

Que faire ? Des réactions enfantines me traversent l’esprit: « si j’étais président… »  » si j’avais un engin balistique et que je savais où était Khadafi pour l’anéantir, lui et sa folie… » Tuer un homme pour sauver un peuple. Décision de Stauffenberg d’assassiner Hitler.

Un ami me disait hier : « le courage, c’est d’avoir peur et d’y aller quand même ». Courage des révoltés de Tunisie, d’Egypte et de Lybie. La realpolitik devrait intégrer dans ses calculs froids que ce courage existe et existera toujours.

Et si Fripouille était tombé du balcon ? Je m’habille à la hâte et descends les dix étages. Rien, pas de trace de chat qui se serait écrasé. Hallucinant, je mets sur le même plan la vie d’un chat et la tragédie d’un peuple. Un vrai souci d’ici et maintenant pour moi, une question vitale là bas pour ce peuple qui se révolte contre son dictateur.

Prier. Prier ? Prière pur et simple des tous les croyants de tous les temps qui savent que les dictateurs existent, Staline et Hitler, Franco et Milosevic, Saddam Hussein et Mao. « Dieu, envoie le feu du ciel sur ces fous, sauve leurs peuples ». Mais rien ne se passe. Que fait Dieu de la souffrance des hommes. Et si Dieu n’existait pas?

Et s’il existait ? S’il m’attendait là où je ne le cherche pas ? Déjà, faire en moi le vide, trouver l’espace tranquille inviolable, celui sur lequel mon impuissance, ma culpabilité et ma peur se cassent les dents. Rien de bien ne peut être fait en dehors d’un tel espace. Paix du coeur, avant tout.

Fripouille miaule, enfin. Elle s’était cachée je ne sais pas où. Reste la Lybie ravagée par la tragédie, et tout le mal du monde. Vague impression que c’est en restant debout, le coeur en paix, que je peux faire quelque chose pour faire échec à ce rouleau compresseur du mal. Lucide et souffrant, mais en paix.

Voir sous les jupes des filles (FD, gare de Nancy)

Face à moi, dans la salle d’attente de la gare de Nancy, une jeune femme s’assied. La trentaine, jupe courte très serrée, tailleur noir, blouse blanche, longs cheveux fous. Elle porte des grosses lunettes à la mode.  C’est alors que, en un éclair d’éternité, elle desserre les jambes et le rêve que chante Alain Souchon se réalise : Voir… sous les jupes… des filles…

Sa culotte est toute blanche

Elle resserre les jambes et pose son ordinateur portable sur ses genoux, puis se met à travailler en mâchant du chewing-gum qu’elle fait parfois éclater en grosses bulles blanches.

L’air très assuré, très à l’aise avec son corps.

Cela dure une heure. Moi aussi je travaille sur un dossier. Quel bonheur !

L’enfant de mon âge (écrit en 2012)

L’enfant de mon âge adore quand le chat se glisse sous la couette ;

Il est parfois triste sans savoir pourquoi ;

Il fait encore des bêtises. Hier, il a balayé les cendres de la cheminée avec une balayette en plastique et les poils ont fondu ;

Il est plein d’audace mais fait attention. Hier, il a posé doucement le pied sur le bord gelé d’un étang ;

L’enfant de mon âge aime les bains moussants, surtout quand les grosses bulles éclatent ;

Il s’endort d’un seul coup quand il tombe de sommeil, même s’il y a du bruit ;

Il rêve devant la neige qui tombe, tout est silence, il aime aussi le feu qui chante dans la cheminée ;

Il se sent en sécurité quand la machine à laver tourne et que le repas mijote sur le gaz ;

Quand il est furieux, c’est tempête sur son visage ;

Le petit garçon de mon âge reste bouche bée devant les femmes habillées magnifiquement, celles qui sentent bon, qui sont à la fois mystérieuses et maternelles ;

Il aime toujours les histoires avec des héros valeureux qui se sortent avec courage de situations désespérées ;

L’enfant de mon âge n’a toujours pas compris pourquoi, au cirque, ce sont toujours des femmes qui se font couper en deux

Il est plein de questions, même celles qui n’ont pas de réponses ;

Il est par certains côtés un enfant sage : il se soumet facilement aux inévitables contraintes de la vie

Il a remplacé ses jouets par sa pipe et son ordinateur ;

L’enfant de mon âge a soixante quatre ans.

PLOC ! (récit d’autrefois, FD)

C’est un bruit régulier qui me tire de ma sieste PLOC Lentement, j’émerge PLOC Mais qu’est ce que c’est que ce bruit ? Il est à la fois étouffé et sonore. Une goutte d’eau qui tombe ? Tiens… PLOC Elle a arrêté la machine à coudre, elle voulait ajouter des bretelles au pantalon de notre petit garçon. Vais je me lever?  PLOC Elle m’a dit qu’après la couture, elle lirait au salon le policier commencé hier soir. Me lever ? On est si bien sous la couette un dimanche après midi PLOC Je me décide mais j’entends la porte de la chambre qui s’ouvre. C’est elle. Alors je ferme les yeux, fais semblant de dormir. Elle ne fait pas de bruit et moi j’entends le PLOC Va t-elle simplement s’allonger sur le lit pour sa sieste à elle ? J’entends un bruit de tissu qui tombe et se froisse, c’est sa jupe, c’est sa jupe ! PLOC Elle traînasse, qu’est-ce qu’elle fait, qu’est-ce qu’elle fabrique ? Elle en met du temps à se coucher… PLOC Qu’est ce que c’est que ce bruit de robinet qui coule ?  Que fait-elle à la salle de bains ? PLOC Moi, tous mes sens sont éveillés, tout se met en branle et tout à coup j’ai envie d’elle comme jamais PLOC comme au premier jour et mieux qu’au premier jour. Elle s’approche du lit, soulève la couverture. Un espoir me saisit : et si elle était nue ? PLOC Son poids écrase le matelas, elle se glisse sous la couette, traficote je ne sais quoi PLOC Nous voici allongés côté à côte, comme deux nageurs en pleine mer.PLOC Elle est nue. Doucement, mon bras va vers elle, trouve son visage, la masse de ses cheveux. Ma main caresse son visage, s’attarde. Elle ne dit rien PLOC  Je suis chaud, je me sens une vivacité de jeune homme. Mon bras descend, la paume emprisonne une masse ronde et tiède, contourne PLOC Elle ne dit rien, absolument rien mais tout à coup, je la sens qui se hisse et voici une picorée d’oiseau sur mon visage PLOC des milliers de petits baisers qui s’amusent et se faufilent. Oh lala !

La vieille dame

Elle ne me reconnaît pas et a oublié le nom des villes où habitent ses enfants.

Son mari est mort il y a trois semaines. Elle vivait avec lui ici, dans une chambre à deux lits, dans une maison de retraite.

On vient de mettre une autre vieille dame à côté d’elle, dans le lit qu’occupait son mari. Ici, il ne faut pas laisser un lit vide.

Elle dit que c’est difficile. Elle revient sans cesse là dessus pendant ma visite.

Le bleu profond de ses yeux demeure, et son sourire.

Lettre à une ancienne amie (2012)

Je ne pleure pas assez le souvenir de nos plaisirs disparus. Pour moi, l’âge avance et le corps voudrait encore mais ne peut plus. Ou bien ne le veut plus, comme s’il y avait des enjeux plus importants à présent : la transmission d’une certaine sagesse, d’un certain savoir, le soin donné à ma compagne pour sa maladie et qui demande une attention quotidienne souvent lourde.

Je rêve de redevenir un demi-Faust qui n’aurait pas besoin de vendre son âme, qui aurait une nouvelle vie dans laquelle il n’aurait pas à faire attention au taux de sucre des aliments et où il pourrait encore passer une nuit d’amour sous une couette, revivre la bienheureuse animalité de l’être humain, la joie de l’instant présent. Je vis très souvent la joie de l’instant présent, mais il n’y a plus l’animalité ardente et c’est triste. C’est comme s’il y avait à présent un enjeu plus important.

Bonheur de serveuse au nombril (2007)

Le bonheur, c’est de savourer une cassolette aux girolles et une truite aux amandes à l’auberge du Bel Air, à Abreschwiller en basses Vosges, après une bonne ballade dans les sapins, sur les chemins de grès rose, très doux aux pieds. Et, de temps en temps, jeter un coup d’œil au livre en cours de lecture, en découvrant des liens entre la pensée de Nietzsche et le coaching,  puis entre le scénario et la condition humaine selon Freud.

Regarder la dame qui tient l’auberge. Elle est très maternelle et prend dans les bras le bébé d’un couple qui dîne à la table voisine.
Regarder aussi la serveuse au joli sourire, son chemisier serré sur ses seins, si court qu’il lui dévoile le bas du dos et le nombril, au dessus d’un joli petit ventre rond. Voir une autre serveuse, moins jolie et moins souriante, mais dont le corsage est largement ouvert.

Le monde n’est pas parfait.

« Un dessert ? » me demande la jolie serveuse au nombril. Je soupire et dis que non, l’air navré. « Le régime, vous comprenez… » Elle compatit.