Poésie

Le myosotis (Hélène Reuss)

Le myosotis dit à la rose

Ne m’oublie pas, ne m’oublie pas

Mais la rose est fanée et sur l’herbe reposent

Des pétales flétris ne se souvenant pas.

 

Les pas de l’âge (François Delivré)

Avec mes vieux désirs et mon vieux pantalon

Les yeux dans les étoiles et dans mes pieds des doutes

Sans demain, sans ailleurs et tenant mon bâton

Avec les créateurs pour compagnons de route

Souvent, souvent, souvent

 

Avec ma vieille peau et mes vieilles misères

Ma petite femme au bras et mes petits-enfants

Dans les journées faciles et les nuits mensongères

Avec la joie pour guide avançant vaillamment

Encore, encore, encore

 

Avec Dieu qui me parle et moi qui tends l’oreille

Une fleur à la bouche et les yeux grands ouverts

Attentif à l’instant, ébloui de merveilles

Confiant en l’invisible et les pieds bien sur terre

Toujours, toujours, toujours

 

Vers la mort qui m’attend comme une tendre amie

Ma poubelle de vie jetée de temps en temps

Odeurs nauséabondes de mes infamies !

Ecartant sans arrêt la terreur du néant

Autour, autour, autour

 

Malgré l’âge qui ronge et les souliers usés

Sans pleurer le passé ni craindre l’avenir

Mes amis disparus, mon amour enterré

Sans jamais renoncer à toujours maintenir

Jamais, jamais, jamais

 

Sans jamais oublier l’étoile qui me guide

Au plus noir de mes nuits, au plus laid de mes jours

Sans craindre de pleurer et sans rien qui me bride

Confiant comme un enfant aux yeux de troubadour

Ô vous les oiseaux blancs montrez-moi le chemin !

 

La femme que j’aimais…

La femme que j’aimais s’en va bientôt mourir

Sonnez cloches d’argile, pleurez noirs chrysanthèmes

La femme qui m’aimait s’en va bientôt partir

Au menu ce midi, pain de cendre et eau blême.

F Delivré, vers 2010

 

Quand j’y songe

Quand j’y songe

Mon coeur s’allonge

Comme une éponge

que l’on plonge

dans un gouffre

Plein de soufre

Où l’on souffre

Des tourments

Si grands, si grands

Que quand j’y songe

Mon coeur s’allonge…

contine populaire

 

Homme de l’air

Homme de l’air, homme du vent

N’as tu pas la pluie dans la tête ?

Tes jours s’en vont

Ce sont des bulles de savon

Et cerf volant dans les tempêtes

Tu t’évapores, infiniment

Hélène Reuss

 

Ile de Pâques

un poème tiré de la littérature (orale) de l’île de Pâques

Celle que j’aimais est morte morte

On lui a mis un rat dans la bouche

On l’a enterrée avec une pagaie tranchante dans la main droite et un caillou dans la main gauche.

Moi, j’ai fait le tour de l’île en courant, je pleurais

J’ai tué tous ceux que je rencontrais pour apaiser mon chagrin.

L’attente (Poème de Rabindranath Tagore)

Où te tiens tu donc, derrière eux tous, mon amant, te cachant dans l’ombre ? Ils te bousculent en passant sur la route poudreuse et ne tiennent nul compte de toi. J’use ici de pénibles heures  à étaler pour toi mes offrandes, mais ceux qui passent enlèvent mes fleurs une à une, et ma corbeille est bientôt vide.


Le temps du matin est passé, et le midi. Dans l’ombre du soir mes yeux sont chargés de sommeil. Ceux qui rentrent chez eux me dévisagent et leu sourire m’emplit de honte. Je suis assise, pareille à la jeune pauvresse, ramenant le pan de ma robe sur mon visage et quand ils me demandent ce que je veux, je baisse les yeux sans répondre.

Oh Comment pourrais je en vérité, comment pourrais je leur dire que c’est toi que j’attends et que tu m’as promis de venir ? Comment, par pudeur, leur avouerais-je que j’ai pris cette pauvreté pour douaire ? Ah ! J’étreins cet orgueil dans le secret de mon cœur.

Je sui assise dans l’herbe et contemple le ciel et rêve à la soudaine splendeur de ta venue, – tout en flammes, des ailes d’or battant autour de ton char, et eux sur le bord de la route, bouche bée à te voir descendre de ton siège, me ramasser dans la poussière et asseoir à ton côté cette pauvre fille en haillons, toute tremblante comme une liane dans la brise d’été.

Mais le temps coule et je n’entends pas toujours pas le bruit de la roue de ton char. Des processions nombreuses passent, menant grand train, dans une rumeur de gloire. N’y a-t-il donc que toi qui t’obstines à rester dans l’ombre derrière eux tous. ? N’y a-t-il donc que moi qui m’obstine à t’attendre, à pleurer, à fatiguer mon cœur de vain espoir ?