Femmes

 Je n’ai plus rien à me mettre !

Dans ce petit village pyrénéen, c’était la pleine neige il y a quatre jours et les petites fleurs se cachaient, les coquines ! Les voilà à présent qui se dressent, toutes fières et pimpantes, habillées de beauté comme une femme qui cherche dans sa garde robe ses tenues de printemps pour montrer que la vie renaît encore et toujours. Quel bonheur de l’entendre dire : « Oh lala, je n’ai plus rien à me mettre! « 

Le mascara

Je voudrais savoir pourquoi les femmes, quand elles se mettent du mascara, ont toujours la bouche ouverte. Merci de m’éclairer.

 Toute femme… (2011)

Visite à la maternité aujourd’hui pour admirer ma petite fille née hier.

J’écoute la jeune accouchée et me souviens de cette magnifique réplique d’Ines de Castro dans la pièce de Montherlant. Le vieux roi Ferrante, blasé, lui avait dit en substance : « on dirait que c’est la première fois qu’une femme met au monde un enfant ! » et Inès avait répondu quelque chose du genre : « Oui, pour une femme, toute naissance a lieu en effet pour la première fois au monde« .

Quel est leur secret ? 

Il y avait une fois un homme qui s’était mis en tête de découvrir ce que les femmes aiment le plus au monde. « Si je sais cela, pensait-il, je leur donnerai et elles viendront toutes dans mon lit ». Car c’est le rêve de tous les hommes d’avoir toutes les femmes du monde dans son lit.

Il avait remarqué que les femmes aiment les dîners romantiques au restaurant. Hélas, quand le dîner était fini, elles disaient qu’elles avaient encore d’autres désirs, qu’elles désiraient encore autre chose, quelque chose de plus éternel.
Il avait remarqué que les femmes aiment être longuement et lentement caressées. Hélas, après avoir prodigué ses caresses, il les entendait dire qu’elles désiraient encore autre chose, quelque chose avec plus d’amour.
Il avait remarqué que les femmes aiment être auprès d’un homme solide, gagnant bien sa vie, bon bricoleur, faisant le ménage et la vaisselle, fougueux au lit et s’occupant bien des enfants. Il avait été tout cela mais les nombreuses femmes avec lesquelles il avait vécu finissaient par lui dire qu’elles désiraient encore autre chose, quelque chose de plus mystérieux.
Il avait remarqué que les femmes adorent les bijoux et s’était ruiné à leur en offrir. Elles étaient contentes un moment puis disaient qu’elles désiraient encore autre chose, quelque chose de plus beau parce que plus simple.

Mais aucune de ces femmes n’avait voulu lui dire ce que les femmes aiment le plus au monde. Un jour, il alla voir le plus fin connaisseur de l’âme féminine et celui ci lui dit que c’était un secret que les femmes gardent jalousement entre elles, qu’elles ne disent jamais aux hommes de peur de tomber en leur pouvoir. Mais que, peut-être, s’il rencontrait une femme qui lui faisait vraiment confiance, elle lui dirait peut-être (seulement peut-être) le grand secret.

Allez les copines, un bon mouvement, dites le moi, ce secret. Je le garderai pour moi, promis.

Est elle une sorcière ?

Vous avez des soupçons : votre amie aime se promener en cape. Alors, vous pressentez qu’elle a dans sa garde robe un chapeau pointu, des gants en peau de chat, des chaussures « poulaine » pour faire du pied aux hommes sous les tables. Vous pensez qu’elle porte une jarretière en cuir vert doublée de soie bleue et qu’elle aime vaquer nue à ses occupations quand vous êtes absent.

Affrontez la pour savoir. Voici quelques questions à lui poser carrément :

– Depuis combien de temps es tu une sorcière?

– Quel démon as tu pour amant ?

– Quel serment lui as tu fait ?

– Quelle est la composition de l’onguent que tu mets sur ton manche à balai ?

Si elle dit que vous inventez ces questions pour la tourmenter, c’est qu’elle est une sorcière. Car toute sorcière cherche à cacher ses agissements maléfiques, c’est à ça qu’on la reconnaît.

 

Laisse-moi au moins… D’accord mais pas plus…

Elle était si belle que je n’en pouvais plus. Je lui ai dit : « Laisse-moi au moins te regarder une fois tout mon saoul. » Elle a dit « d’accord mais pas plus » et, le soir même, a dansé pour moi seul.

Elle avait les yeux si profonds que je n’en pouvais plus. Je lui ai dit : « Laisse-moi au moins te toucher le visage. » Elle a dit « d’accord mais pas plus » mais a soupiré lorsque mes doigts tremblants se sont approchés de sa joue. Très doucement, j’ai essuyé de mon doigt la trace de ses larmes.

Elle était si touchante que je n’en pouvais plus. Je lui ai dit : « Laisse-moi au moins prendre ta tête entre mes mains » Elle a dit « d’accord mais pas plus » et a renversé la tête en fermant les yeux.

Sa bouche palpitait comme un oiseau au creux d’une main et je lui ai dit : « Laisse-moi au moins déposer un baiser au coin de tes lèvres » Elle a dit « d’accord mais pas plus » en les entrouvrant.

Elle respirait si paisiblement que je n’en pouvais plus de regarder son chemisier. Je lui ai dit : « Laisse-moi au moins les voir. » Elle a dit « d’accord mais pas plus » et a ôté son habit.

C’était si beau que je suis resté le souffle court. Comme elle ne bougeait pas, je lui ai dit :« Laisse-moi au moins promener ma main sur ton corps. » Elle a dit « d’accord mais pas plus » en s’allongeant sur le lit.

Elle était si voluptueuse que je n’en pouvais plus. Je lui ai dit : « Laisse-moi au moins te voir nue toute entière. » Elle a dit « d’accord mais pas plus » et a retiré tous ses habits.

Elle était si désirable que je n’en pouvais plus. Je lui ai dit : « Laisse-moi au moins te donner du plaisir. » Elle a dit « d’accord mais pas plus » en s’abandonnant à mes caresses.

Je n’en pouvais plus et lui ai dit : « Laisse-moi au moins faire comme si nous étions amants. » Elle a dit « d’accord mais pas plus » en m’ouvrant les bras.

« Tu as mis bien du temps pour venir à moi, mon tendre ami », a t-elle murmuré au creux de mon oreille alors que nous nous aimions de tout notre cœur, de toute notre âme et de tous nos corps.

FD, 28/02/2010

Mais comment font les femmes ? 

Voici le programme d’une journée de l’une d’entre elles, noté sur son calepin au mois de décembre :

Spectacle de Noël, faire les courses, arrêter le chocolat, aller chez le coiffeur, devoirs des enfants, regarder mes mails, ranger les vêtements trop petits, réunion, trouver une baby-sitter moche, jogging, finaliser projet Afrique, retourner voir la jupe mauve, obtenir une augmentation, réunion budget annuel, m’habiller sexy pour ce soir, épilation ? Cadeaux de Noël pour enfants, acheter du chocolat, arrêter de culpabiliser, réserver les vacances d’été, impôts, sortie d’école…

(Extrait d’une publicité de film)

Un sexe de 5 kg !

Le grand sultan cherche la femme la plus appétissante du monde: « elle devra avoir un sexe qui pèse 5 kg« , exige t-il.

Une très belle jeune fille  se présente et la sultan fait chercher une balance. Mais la jeune fille sort un mètre.

« Pour quoi faire? » demande le sultan.

« Pour vérifier si ce que vous allez mettre dans mon sexe de 5 kg est en proportion« , dit la jeune fille.

Alors le grand sultan voit que la jeune fille est intelligente. Comme elle est très jolie et semble aimante, il dit : « on laisse tomber ». Il l’épouse et ils ont beaucoup d’enfants.

(d’après les « contes juifs » de Sonia Koskas)

 

Psychologie et développement personnel

Le transfert

Voici le meilleur résumé sur le transfert que je connaisse. Je l’ai trouvé chez André Louf, un bénédictin spécialiste de l’accompagnement spirituel. Il fait un excellent lien entre le transfert, concept de psychanalyse, et le scénario, concept d’Analyse transactionnelle.

« Freud avait constaté, avec beaucoup de justesse, que ses clients avaient coutume de transférer sur lui les sentiments qu’ils avaient jadis éprouvés vis-à-vis de leurs parents. Ce mélange de sentiments positifs et négatifs avait  des prolongements dans leur vie d’adultes et colorait de façon habituelle leur attitude face à toutes les formes d’autorité, allant jusqu’à s’étendre comme une tache d’huile sur toute leur vie, relations de travail, d’amitié, relations familiales encore, tant vis-à-vis du conjoint que vis-à-vis des enfants, jusque dans leurs liens avec Dieu. Chaque homme a tendance, concluait-il, à répéter inlassablement un certain scénario, le plus souvent solidement verrouillé. Ce scénario a généralement été mis en place lors de la petite enfance pour faire face avec les moyens qui étaient ceux du moment, à des souffrances et des frustrations qui, à l’époque, auraient été psychologiquement insupportables. »

Faire comme si

Quelle est la part psychosomatique dans nos maladies ? Les croyances varient sur cette question. Certains y voient la cause principale, d’autres ne jurent que par le biologique ou le génétique. L’un de mes amis thérapeutes a une excellente approche du sujet. Il dit à ses clients : « je ne sais pas si votre maladie est psychosomatique ou non, mais on va faire comme si elle l’était »

Même chose pour le psychologique et le spirituel. Le thérapeute intelligent répond : « je ne sais pas, mais on va faire comme si c’était un problème psy. »

Et le guide spirituel éclairé dit : « je ne sais pas,mais on va faire comme si c’était un problème spirituel. »

Peur du noir

Freud racontait ainsi l’histoire d’un enfant qui avait peur du noir. Il s’adressait à sa tante qui était dans la pièce à côté et lui disait « Parle moi car j’ai peur« . La tante répondit : « A quoi cela te servirait-il puisque tu ne me vois pas ? » Alors l’enfant déclara : « Il fait plus clair lorsque quelqu’un parle« .

Spiritualité

L’état de grâce

Avant tout, je veux être en paix avec moi-même. Je désire voir le monde d’un seul regard, avec des intentions pures et que ma vie ait un foyer central d’où rayonnera la force nécessaire pour mener à bien toutes les activités et obligations qui m’incombent. S’il est permis d’emprunter aux saints leur langage, je dirai que je veux vivre la plus grande part possible de ma vie en état de grâce. Je n’emploie pas ce mot dans son sens théologique. Par état de grâce, j’entends une harmonie intérieure, essentiellement spirituelle, mais capable de se transformer en harmonie extérieure.

Je crois que chacun connaît des moments où il se sent en état de grâce et d’autres où la grâce lui est refusée… En état de grâce, il semble que l’on accomplisse les tâches sans effort, comme si l’on était porté par la marée. Dans l’état contraire,, on arrive à peine à nouer un lacet de soulier. Je sais bien que la vie consiste pour une bonne part à nouer ses lacets avec ou sans état de grâce, mais l’art de vivre a ses techniques, et il en est de même pour la recherche de la grâce. Mes expériences personnelles, les exemples que j’ai pu observer et les écrits de ceux qui se sont livrés avant moi à la même enquête m’ont enseigné que certains milieux, certains genres de vie, certains principes de conduite sont plus favorables que d’autres à l’harmonie intérieure et extérieure. L’une de ces routes toutes tracées qui s’offrent à nous est la simplification de la vie.

(extrait de Solitude face à la mer, de Anne Lindbergh) 

Le croyant, l’incroyant et le casse-croûte

C’est l’histoire d’un croyant de bonne volonté qui se lève de bon matin, prépare ses sandwiches et part marcher sur sa route de croyant. Or celle-ci est faite de certitudes mêlées de doutes. Car il doute parfois, ce brave homme ! Il se pose des questions du genre :

  • Est-ce que la foi que j’ai en mon Dieu est une illusion ?
  • Est-ce que Jésus est vraiment ressuscité ? (pour un chrétien).
  • Est-ce que Gabriel a vraiment parlé à Mahomet ? (pour un musulman)
  • Est-ce que Moïse a vraiment reçu la Torah ? (pour un Juif).
  • Est-ce que le vrai Dieu est un autre que celui auquel je crois ?

Le chrétien de bonne volonté qui marche sur sa route se demande parfois : « Le vrai Dieu ne serait-il pas celui révélé à Mahomet ? »

Le Juif de bonne volonté qui marche sur sa route se demande parfois : « Le vrai Dieu ne serait-il pas celui annoncé par Jésus ? »

Le musulman de bonne volonté qui marche sur sa route se demande parfois : « Le vrai Dieu ne serait-il pas celui de la Torah ? »

Le croyant s’interroge encore avec d’autres questions du genre :

  • Est-ce que la Bible est un livre inspiré par Dieu ?
  • Qu’est-ce qu’il y a de vrai dans ce que disent les évangiles de la vie de Jésus et de ses paroles ? (pour un chrétien).
  • Qu’est-ce qu’il y a de vrai dans ce que dit le Coran ? (pour un musulman)
  • Qu’est-ce qu’il y a de vrai dans ce que dit la Bible ? (pour un Juif)
  • Est-ce que ces livres m’annoncent une vérité, ou mieux encore la Vérité ? Et si j’étais dans l’illusion ? Et s’ils contenaient des faussetés noyées parmi des vérités ?
  • Est-ce que la religion qui structure ma foi n’est finalement qu’une construction humaine ? Et si j’étais dans l’illusion ?

Il chemine et parfois, sa route croise celle d’un incroyant de bonne volonté. Un incroyant qui s’est lui aussi levé de bonne heure, a préparé ses sandwiches et est parti marcher sur sa route d’incroyant. Celle-ci est faite de certitudes parfois mêlées de doutes. Car il doute, le brave homme ! Il se pose parfois des questions du genre :

  • Et si un être transcendant existait tout de même ?
  • Et s’il était possible d’entrer en lien avec lui ? Et s’il voulait que j’entre en lien avec lui ?
  • Et si les textes sacrés des religions comportaient une part de vérité révélée par cet être transcendant ?
  • Et si le Dieu dont je récuse l’existence existait tout de même, mais avait un autre visage que celui que je récuse ?
  • Et si Mahomet avait reçu tout de même une part de révélation ?
  • Et si Jésus était vraiment ressuscité ?

Parfois la route du croyant de bonne volonté et celle de l’athée de bonne volonté se croisent au carrefour des gens de bonne volonté. Ils se regardent et se saluent. Chacun s’arrête pour une pause et déballe ses sandwiches. Ils parlent.

Aucun des deux ne cherche à décourager l’autre.

Ni l’incroyant qui découragerait le croyant, ni le croyant qui découragerait l’incroyant. Ce serait malin ! Ôter du courage à quelqu’un… Quelle stupidité ! Quelle erreur qu’une vérité qui serait vérité dont on persuaderait l’autre mais qui lui ôterait son courage !

Alors, le croyant de bonne volonté et l’incroyant de bonne volonté cassent la croûte ensemble et chacun raconte son chemin, ses certitudes et aussi ses doutes. Chacun dit à l’autre qu’il est en même temps convaincu que son chemin est celui de la vérité et aussi que parfois il en doute. Et l’autre écoute, et lorsqu’il parle à son tour, il dit exactement la même chose : qu’il est en même temps convaincu que son chemin est celui de la vérité et aussi que parfois il en doute.

Aucun des deux ne profite des doutes de l’autre pour triompher et lui dire : « Tu vois bien ! Tu doutes ! Tu ne sais pas répondre à mes questions ! Tu n’arrives pas à me convaincre que je suis dans l’erreur ! Tu n’es pas certain que ton chemin est celui de la vérité tandis que moi, je suis sûr que j’ai raison. Rends-toi à mes raisons ! »

Non, non, pas du tout. Aucun des deux ne profite des doutes et des contradictions de l’autre pour le déboussoler ou le décourager. Ce serait violence, d’un côté comme de l’autre.

Quand ils ont fini de casser la croûte ensemble, ils se disent au revoir et reprennent chacun leur route en attendant de se retrouver à un autre carrefour, de place en place.

(J’ai écrit ce texte après avoir lu le résumé du livre de JP Chastel : Le déni de la violence monothéiste.)

Quitter Dieu

Cela serait si facile de quitter Dieu en douce. Un beau matin, je m’en irais, avec l’ivresse d’une étrange liberté. Je n’aurais qu’à me baisser pour trouver des prétextes, j’irais voir du côté de la philo ou de la psycho, genre Nietzsche ou Freud.

Personne ne m’en voudrait, ni mes amis ni ma famille. En France, il y a beau temps qu’on peut quitter Dieu sans avoir de retour de bâton de la part de la société.

Lui, il serait muet, comme d’hab’. Il aurait les mains liées, comme d’hab’.

Ce serait comme avec une femme qui vous aime et que l’on quitte avec muflerie. On a envie de la gifler parce que, au moment où l’on part, elle continue à vous regarder avec amour.

FD, mai 2009

 

Polluée, la parole de Dieu ?

Chère A…

Tu me demandes mon avis sur la façon dont les évangiles et les textes chrétiens dits « sacrés » ont été altérés au cours du temps et cela  me trotte dans la tête depuis hier soir. Je crois que c’est un problème que rencontrent tous les chrétiens, et sans doute aussi les musulmans. Peut-être aussi les juifs. Tous, nous avons en commun de croire en une « révélation », un message qui nous a été transmis par un Dieu en qui nous croyons : transmis par les prophètes, transmis par Mahomet, transmis par Jésus. Nous souhaiterions ardemment que les paroles que ce grand révélateur a dites et qui comptent beaucoup dans notre vie soient effectivement les paroles « originales », celles qui ont été effectivement prononcées. Nous aimerions aussi beaucoup avoir la certitude que ce qui est rapporté de leur vie soit exact. Mais notre raison nous dit à juste titre que les paroles qui ont été prononcées à l’époque ont été transformées au cours de l’histoire par l’esprit des hommes, par les intérêts des institutions et aussi par la main des copistes. Le matériau que nous avons n’est pas pur. Alors, à quoi nous fier ? Nous craignons de nous laisser influencer par une parole humaine qui serait venue polluer la parole de Dieu.

Les fondamentalistes s’en sortent en adoptant une croyance selon laquelle le matériau originel n’a pas été abîmé au cours des siècles. Scientifiquement, c’est idiot. Mais on peut être idiot quand on a peur de se laisser entraîner dans les eaux troubles du doute, et donc de perdre ses repères. Tous les croyants ont cette peur. Plus la science exégétique progresse, plus la connaissance des contextes par les historiens se fait précise, plus cette question devient ardue. On parvient même à repérer maintenant de façon assez certaine quelques-uns des ajouts de copistes. Nous retrouvons alors le désarroi de l’église au temps de Galilée : la remise en cause de la véracité d’une seule parole de l’écriture fait craindre que tout l’édifice se lézarde et s’écroule. Jésus a-t-il vraiment dit : « ne séparez pas ce que Dieu a uni ? », « je suis venu apporter non pas la paix, mais le glaive », « pardonnez 7 fois 77 fois » etc. Est-il aussi mort sur la croix comme on nous l’a enseigné ? Je me pose ces questions de chrétien, mais les juifs qui ne veulent pas se raconter d’histoire doivent se poser la même question pour la remise des tables de la loi à Moïse, et les musulmans qui ne veulent pas se raconter d’histoire doivent se poser la même question pour certaines sourates du Coran.

Comment s’en sortir ?

Je ne sais pas s’il y a une réponse universelle. Ce qui me traversait l’esprit ce matin, c’est que le problème a existé à l’époque même de Jésus. Des centaines d’hommes l’ont vu, l’ont entendu, mais ils ne se sont pas laissés interpeller par sa parole alors qu’elle était absolument audible. Une parole, ça n’est pas grand-chose si on ne prend pas en compte la personne qui les a dites, et aussi si on oublie la partie de nous-mêmes qui est prête à accueillir cette personne. Encore une fois, toujours et encore, c’est une question de « foi en » celui ou celle qui dit quelque chose bien plus que de « croire à » ce qu’il nous dit. Quand tu me dis par exemple à propos de mes manuscrits qui peinent à trouver éditeur : « tes écrits feront leur chemin », c’est en ta personne que je crois, dans ce qu’elle véhicule comme confiance en la vie et qui s’appuie aussi sur la façon dont tu vis. Tu as un certain état d’esprit en me disant cela, et rien ne peut se passer en moi si je n’adopte pas un certain état d’esprit à ton égard pour que cela chemine en moi.

Il s’agit donc de ne pas s’interroger en premier sur l’exactitude des mots, mais surtout de percevoir ce qu’ils réveillent en nous de vivant. C’est peut-être ici qu’intervient ce fameux « Esprit » dont parle Jésus. Tu le constates : pour éviter de planer dans les sphères supérieures de la spiritualité, je rapproche à présent presque systématiquement le mot « Esprit » de l’expression « état d’esprit ». En particulier, lorsque je lis une parole de l’Évangile pour me laisser transformer par elle, je tente de me mettre dans le même état d’esprit que celui de Jésus, tel qu’il apparaît en toile de fond du récit des Évangiles.

Je t’embrasse

 

Notre père

Notre…

Tout de suite, en premier, c’est le mot « Notre ». Pas « mon ». Ce père est aussi « mon » père comme c’est le cas pour tous les enfants qui ont un même papa, mais il n’est pas qu’à moi. « Notre », cela veut dire : on est ensemble, on a quelque chose en commun.  C’est collectivement que nous nous adressons à ce quelqu’un.

père…

Ah ! Je ne veux pas réfléchir je ne veux pas projeter psy. Pour comprendre le père, nous ne pouvons que passer par le nommé Jésus qui nous apprend cette prière. Il nous dira qui est ce père là, pour que nous évitions les projections psy sur ce qu’est un père.

…qui es…

Déclarer, affirmer que tu existes.

… aux cieux.

Tu es avec nous, mais ton logis, c’est ailleurs. Tu es autre. Tu peux bien sûr être en nous comme sont en nous les gens qui nous aiment, comme vivent en moi les gens qui m’aiment lorsque je marche comme maintenant sur une route en bord de mer, avec le petit vent frais qui m’inspire. Ils vivent en moi, je me suis nourri de leur vie, mais ils ne sont pas moi, nous sommes distincts. A chacun son identité, sans fusion. Je suis qui je suis, chacun de nous est comme il est, tu es comme tu es.

Que ton nom…

Ton nom ? Quel est ton nom ? Quel est le nom de Dieu ? C’est « père ». Relire l’’évangile pour calculer le nombre de fois où Jésus emploie le mot « Dieu » et le nombre de fois où il emploie le mot « père ». Comparer.

… soit sanctifié

Pour moi, j’y suis résolu : je ne laisserai pas dire n’importe quoi à ton sujet.

Que ton règne…

Mon père est roi, chic ! Notre père est roi : zut ! C’est « notre » et je ne suis pas le seul prince, quel dommage !  Nous aurons à partager l’héritage et le Royaume est à nous tous.

Ton règne n’est pas là puisqu’il doit venir. A moins qu’il soit là, mais pas encore bien installé. Je vais à nouveau lire l’évangile pour apprendre ce qu’est le royaume, à quoi il ressemble : « le royaume de Dieu est semblable à … » Il est bizarre, ce royaume. En même temps il est là et en même temps il est à venir. Et s’il était là sous nos yeux mais que nous n’ayons pas le regard pour le voir ?  Le regard du cœur, bien sûr.

Que ta volonté soit faite…

Aïe, la phrase qui tue, les mots qui fâchent. Détestable soumission, pitoyable dépendance, aliénation. Alors, je ne veux plus réfléchir là dessus, faire de la psy, intellectualiser. Une seule chose paraît sûre : notre Dieu a une idée en tête, il veut quelque chose.

Il veut quelque chose et moi je dis « d’accord ». Ah ! Encore le « je » qui revient. Non, ce n’est pas moi qui déclare mon accord, mais nous tous. Nous te suivons, notre père, moi et ceux qui sont prêts comme moi à te suivre. Je pourrais dire aussi « pas d’accord » mais si je prie selon le « notre père », je ne le dis pas. Cela doit s’appeler « confiance en toi, notre père ». On te fait confiance pour être un bon guide sur ce chemin que nous ne connaissons pas. Où allons-nous ? Vers le Royaume, pardi !

Ce bout du Notre père a un côté sympa, genre pique nique sur la route du royaume : que ta volonté soit fête.

Sur la terre comme au ciel…

Encore le ciel ! Mais… si tu nous dis de prier pour que ta volonté soit faite au ciel, c’est que tu n’es pas complètement maître chez toi, dans ta maison, dans ton royaume. Oh ! Aurais-tu besoin de moi, de nous, pour être le patron chez toi ?

Aujourd’hui…

Pas demain, aujourd’hui et seulement aujourd’hui. Donne nous ce qu’il faut pour vivre aujourd’hui, nos vrais besoins et pas plus.

Notre pain…

Pas d’éclair au café ni de baba au rhum, juste du pain, restons simple. Pourquoi du pain ? Parce que c’est plus facile à partager qu’un éclair au café.

Je m’embrouille, je ne sais pas ce que c’est, ce pain. J’ai de la tentation intellectuelle théologique qui me remonte à la tête, des milliers de pages écrites depuis des siècles sur ce pain dont tu parles, et Jésus lui-même qui nous explique que le pain, c’est lui.  Pour que nous vivions, dit-il. Quelle vie ? La vie éternelle, of course ! Mais qu’est ce que c’est, la vie éternelle ? Et si c’était l’amour qui est toujours possible, en tous lieux et en tous temps ?

Et encore « Notre, notre pain ». Comme si ce pain n’existait vraiment que s’il était donné à plusieurs.

Pardonne-nous

Tu insistes lourdingue : ce  n’est pas « pardonne-moi » mais « pardonne nous. »

Comme…

Là, tu anticipes sur le pardon que nous allons nous accorder les uns aux autres, comme s’il était acquis. C’est gonflé, cette confiance que tu as en nous. A moins que ce « comme » soit la mesure du pardon : tu aurais le même niveau de pardon vis à vis de nous que le nôtre vis-à-vis d’autrui. Si nous pardonnons peu, tu pardonneras peu. Si nous pardonnons beaucoup, tu pardonneras beaucoup. Conséquence : c’est tous ensemble qu’il faut se mettre au pardon et moi, je dois me mettre à houspiller un peu plus les autres pour qu’ils se mettent à pardonner, et les prier de me houspiller idem.

Et ne nous soumets pas à la tentation…

Encore ! Alors, je répète lourdingue : c’est « ne nous soumets pas » et pas « ne me soumets pas. » Cela voudrait dire que, face à une tentation qui me titille, d’autres que moi sont toujours concernés.

Mais le mot « soumettre » signifie-t-il « être dépendant de », en mauvaise dépendance aliénante ? Longtemps, je l’ai cru. Soumettre voulait dire pour moi : « éprouver », comme on dit soumettre quelqu’un à la torture. Je disais : notre Dieu, ne me mets pas à la torture en mettant sur ma route les éclairs au café ou des filles nues aux pointes de seins dressés, bla bla bla. Pas du tout ! Je crois plutôt que là où tu peux nous aider, c’est de ne pas devenir prisonnier de ce qui nous tente, de ne pas en  devenir esclaves, que notre désir ne nous enferme pas, qu’il ne soit pas obsèdant au point de nous diviser intérieurement, lui d’un côté, l’amour de l’autre.

Mais délivre-nous du mal…

Pas moi, « nous ». J’insiste encore : aucun de nous ne sera délivré du mal tout seul.

 

De mon côté, à mon côté

Dire que Dieu est de mon côté, c’est le « Gott mit uns » des nazis. Ce fut le recours au nom de Dieu des croisés et des inquisiteurs. C’est le recours à Allah des intégristes musulmans qui tuent au nom de Dieu. C’est l’horreur de ceux et celles qui se prennent pour Dieu, ou pour les instruments de la volonté divine. Psychologiquement, c’est de la « toute-puissance ». Spirituellement, c’est la faute par excellence.

Mais croire que Dieu est à mon côté, c’est complètement différent. Cela signifie que je lui demande de cheminer avec moi quoiqu’il arrive, même si je me trompe parfois de direction, ou si je trébuche. C’est moi qui décide de ma route, j’en suis responsable, pas lui. Mais je lui demande de rester à mon côté pour me parler, me mettre en garde, me guider, m’aider, se réjouir avec moi, me réjouir avec lui.

 

Le jeune homme triste

Résumons la scène de l’évangile : un jeune homme riche demande à Jésus ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle et le Christ lui enjoint d’abord de respecter les commandements de Dieu. Puis, comme le jeune homme dit qu’il les respecte, Jésus lui demande de vendre tous ses biens et de le suivre. Le jeune homme quitte Jésus, tout triste.

Comme je ne suis plus tout jeune et, sans être pauvre, ne suis pas richissime, ma première conclusion est : cette histoire ne s’applique pas à moi.

De plus, ce jeune homme est du genre gendre idéal. Il est « parfait », religieusement et moralement. Ma seconde conclusion : ce passage ne s’applique vraiment pas à moi puisque je ne suis pas parfait.

Jésus semble pourtant l’apprécier, ce jeune homme parfait, lui qui d’habitude a plutôt un faible pour ceux qui, justement, ne le sont pas. Haha ! Qu’est-ce qui retient l’intérêt du Christ ? Comme c’est presque toujours le cas lorsqu’il s’adresse à quelqu’un, je peux supposer que Jésus pressent pour ce jeune homme une vie plus intense, plus belle, plus joyeuse.

L’évangile poursuit : « Le jeune homme s’en alla tout triste parce qu’il avait de grands biens« .

Morale habituelle (assez normale compte tenu de ce que Jésus  dit ensuite sur l’argent): « Attention à la richesse etc. »

Mais dimanche dernier, soudain, illumination ! Le mot clef ne concerne pas l’argent mais la TRISTESSE du gars. Et tout change. Ce n’est plus une histoire de perfection ni de richesse, c’est UNE HISTOIRE DE TRISTESSE.

Je crois que c’est cela qu’a vu le Christ: la tristesse du gars. C’est pour ça qu’il a aimé ce jeune homme; il aurait tant aimé que ce jeune abandonne sa tristesse !

 

Le « Royaume » vécu sur le tas

Il en va du royaume de Dieu comme de deux femmes qui viennent ranger la chambre d’un invalide (en fait c’est moi, j’ai une sciatique à hurler), le matin du départ, à la fin d’un séjour d’été dans un centre de vacances. Il faut laisser la chambre propre et porter les valises mais voilà, je ne peux pas. C’est alors que deux amies arrivent et prennent tout en charge, comme ça, sans qu’on leur ait demandé, sans même savoir qu’elles sont pile poil dans le Royaume.

Il en va du royaume de Dieu comme de cinq stères de bois livrés en tas pour l’hiver et qu’il faut ranger sous un appentis. Mais voilà, on a le dos en compote (j’ai le dos en compote) et je ne peux pas. C’est alors que le beau frère, la belle soeur et l’ado qui est avec eux, tous de passage, sacrifient deux heures de leur courte après-midi et peinent pour faire le travail.

Il en va du royaume de Dieu comme d’un grand père (c’est moi) qui emmène jouer ses deux petites filles dans un parc et se réjouit de les voir courir, sauter, jouer et s’amuser. Il les laisse faire ce qu’elles veulent mais les avertit quand il y a du danger.Il ne s’offusque pas lorsqu’elles lui disent : « grand-père, laisse nous tranquille ! » et qu’elles font leurs petits jeux dans un coin, babillant et riant tandis que le grand père se promène, admire la nature et se réjouit.

Ainsi en est-il du Royaume de Dieu, lorsqu’il se réjouit de nous voir créer, nous amuser, travailler ou aimer. Il prend au sérieux son rôle de gardien de nos vies si nous lui demandons de nous prévenir en cas de sortie du Royaume. Il ne s’offusque pas lorsque nous le prions de nous laisser tranquilles.

Histoire relatée : Il en va du royaume de Dieu comme de ce père qui revient à la maison une ride sur le front parce qu’il a des gros soucis financiers et qu’il ne voit pas de solution. Comment va t-il faire vivre sa famille ? Il a besoin de trouver rapidement quelques milliers d’euros. Son petit garçon voit la ride et demande ce qui se passe, et le père le lui dit en soupirant.

Le royaume de Dieu est alors semblable à ce que fait le garçon qui va chercher sa tirelire et dit à son père qu’il a 17 euros et qu’il peut lui en donner une bonne partie pour se sortir d’affaire.

Le royaume de Dieu est enfin semblable au père qui accepte de bon coeur dix euros pour rassurer son petit garçon.

Histoire vécue : Il en va du royaume de Dieu comme de ce cette maman dont les enfants sont fâchés à mort mais qui continue tout de même à les inviter chez elle pour le réveillon de Noël. Elle sait qu’ils ne viendront pas, mais elle invite tout de même. On ne sait jamais…

Histoire vécue : Il en va du royaume de Dieu comme de ce couple qui se réjouit à l’idée de faire l’amour toute la nuit mais qui s’arrête juste avant le moment suprême parce que le gamin pleure dans la chambre à côté et qu’il faut s’en occuper.

Le royaume de Dieu est aussi semblable à ce couple qui reprend hardiment ses galipettes une fois que le gamin s’est rendormi.

Histoire vécue : Il en va du royaume de Dieu comme d’un salarié qui a égaré des papiers confidentiels (c’était moi), ce genre de documents qui évoque des tierces personnes, ou bien des secrets d’entreprise. Il l’a perdu et n’en dort pas la nuit.

Le royaume de Dieu est semblable à la joie qu’a cet homme parce que, dans le tiroir de son bureau, il retrouve un matin les papiers dans une enveloppe anonyme et que personne, jamais, n’évoque ensuite cela devant lui. Quelqu’un a compris sa détresse et l’a secouru.

Histoire racontée : Il en va du royaume de Dieu comme de ce couple qui, en rentrant des obsèques du vieux papa, découvre une photo porno sous le matelas, ne dit rien, déchire la photo et n’en parle à personne, jamais.

Histoire racontée : Il en va du royaume de Dieu attaqué comme d’un salaud qui tente d’y entrer, déguisé en costume de vertu. Il se glisse sous une apparence trompeuse, comme le ferait un inconnu que l’on aurait invité à une soirée festive juste sur sa bonne mine. Puis il sème la zizanie,  dresse les gens les uns contre les autres et gâche la fête par des propos malsains.

Il en va du Royaume comme du maître de maison qui, appelé au secours par quelques invités, prend le grand salaud par le col et lui montre la porte en disant d’une voix forte : « Dehors! »

Histoire vécue (janvier 2010) : Le royaume de Dieu est semblable à cet homme qui a absolument besoin de l’aide de ses voisins et qui n’ose pas publier une petite annonce dans les cages d’escalier de son immeuble. Alors il en appelle à Dieu et le courage lui vient, il rédige une petite annonce et va la poser. Et quelques voisins se décarcassent pour lui apporter de l’aide.

Histoire vécue (janvier 2010) : le royaume de Dieu est semblable à ces deux amis qui viennent voir un homme à bout de nerfs et de fatigue (moi) parce qu’il prend soin tout le jour d’un parent handicapé. Ils ont apporté de quoi manger pour lui éviter de la fatigue, ils comprennent quand l’homme demande à se reposer sur un lit et surtout ils écoutent avec amour les soucis de cet homme, sa lassitude et ses soucis. Ni cet homme ni cette femme ne sont « croyants » et pourtant, ils sont au royaume de Dieu.

Témoignage : Le royaume de Dieu est semblable à cet homme qui a travaillé tout le jour et arrive au soir en se disant : « Enfin, je vais pouvoir souffler un peu ! « . Mais devant sa porte, il y a quelqu’un qui attend (c’était moi) parce qu’il a besoin de parler maintenant d’un souci important. Alors l’homme fouille dans sa poche, gratte bien, et finit par trouver une miette de force et de courage pour accueillir cette personne. (Il s’agissait de P.Gervaise mort en 2014)

 

Priait-il ?

 » Mon Dieu, donnez moi la force de conserver la liberté à notre peuple, à nos enfants et aux enfants de nos enfants et non seulement à notre peuple […}, mais aussi à tous les peuples de l’Europe. Car ceci est une guerre pour toute l’Europe, et aussi en vérité pour toute l’humanité. »

Cette « prière » fut dite par Hitler en janvier 1942, dans son discours anniversaire d’arrivée au pouvoir.

 

Luther et la pomme

Luther disait : « Si l’on m’annonçait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. »

C’est très beau. Mais moi, je crois que je prendrais des pommes, que je les couperais en deux pour en donner les moitiés à ma chérie et à plein d’autres gens, et que je mangerais avec délices en chantant les louanges du créateur. Toute révérence gardée pour Luther, je trouverais ça plus astucieux parce que planter un pommier, ça ne servirait à rien qu’à se fatiguer alors que jouir une dernière fois en faisant la nique à Eve, je préfèrerais, non ?

 

La foi

Dans ce petit village pyrénéen, on enterre notre proche voisine, la vieille Mme L. Tout le monde assiste aux obsèques, 150 personnes. L’église est pleine comme jamais. Ici, les obsèques font partie de la vie sociale.

Après l’épître aux hébreux, théologiquement difficile, le prêtre parle. C’est un vieux prêtre du pays qui connait tout le monde et parle patois. Il a cette phrase magnifique :   » La foi, c’est un saut dans l’invisible à partir d’un témoignage« .

 

La sainteté des riches

 » Dans la puissance et dans le luxe, dans la volupté même, il me semble maintenant que je ne cesserai de Vous parler. Vous êtes aussi le Dieu du riche et de l’homme heureux, Seigneur, et c’est là votre profonde justice. Vous n’avez pas détourné Votre regard de celui qui a tout eu en en naissant. Vous ne l’avez pas abandonné seul, dans son piège de facilité. Et c’est peut-être lui Votre brebis perdue… »

Becket, Acte III, Jean Anouilh

 

L’homme fâché contre Dieu

Quel est l’homme ici bas qui n’a pas commis de péché, dis ?

Celui qui n’en aurait pas commis, comment aurait-il vécu, dis ?

Si, parce que je fais le mal, tu me punis par le mal, quelle est donc la différence qui existe entre toi et moi ?

( Omar Khayam, cité dans Anthologie du vin et de l’ivresse en Islam)

 

Le couillon spirituel (d’après une parabole de Jésus)

C’est l’histoire d’un type très très riche qui est bijoutier. Il a toujours dans sa voiture des dizaines de bijoux et surtout des perles. Il adore les perles, le type.

Le grand délassement du type, c’est sa ferme dans le Périgord. Il y élève des oies et des canards, des poules et surtout des porcs. Ses cochons, ce sont ses animaux préférés. Il les adore, il les bichonne. Il leur a même fait une mare bourbeuse où ils se vautrent et, quand ils en sortent, ils se ruent vers les épluchures de pomme de terre et les restes des repas que le type met à part pour eux, soigneusement.

Un jour le type arrive dans sa ferme avec sa Mercédès et son coffre plein de perles. Tout à coup, il se sent tellement plein d’amour pour ses cochons qu’il tire un sac de perles du coffre de la Mercédès et leur donne à manger. Mais les cochons n‘en veulent pas.

En quoi le type est-il un grand couillon (spirituel, bien sûr) ?

1 – Première réponse : parce qu’il donne des perles à ses cochons et que les perles, c’est précieux. Donner un trésor à quelqu’un qui n’en connaît pas la valeur, c’est idiot. Hélas, cette réponse n’est pas la bonne.

2 – Seconde réponse : le type est un couillon spirituel parce qu’il n’a pas su voir que les cochons étaient respectables. Il ne n’est pas soucié de leurs vrais besoins, en particulier d’être considéré en tant que cochons et pas comme de fins connaisseurs de perles fines. Les perles n’ont donc rien à voir dans cette histoire. Le type est un couillon spirituel parce qu’il ne donne pas à l’autre ce dont celui-ci a besoin à ce moment-là.

Dieu est notre ennemi

Dieu est écœuré de notre façon de vivre et nous rappelle à l’ordre.

Il arrive donc que Dieu veuille nous empêcher de faire ce que nous voudrions faire.

Il arrive que Dieu veuille nous empêcher de vivre comme nous aurions envie de vivre.

C’est l’un de ses côtés insupportables.

Dieu est notre ennemi.

 

Graines de sagesse

Qu’est-ce que je serais heureux si…

Je serais heureux si… j’avais cette nouvelle voiture… si je ne souffrais plus… si j’avais cent mille euros… si je pouvais prononcer une conférence sur la cueillette des escargots… si je passais à la     télé… si je pouvais faire l’amour tous les soirs… si j’étais élu aux élections… si j’écrivais enfin le livre dont je rêve…

Le problème, c’est que cette course est sans fin. Platon, déjà, l’avait bien compris : le bonheur est désir, et comme l’essence du désir est de désirer ce qu’on n’a pas, il est impossible d’être heureux.

Première étape : ôter le « si ». On se donne alors la permission d’être heureux même en n’ayant pas ce qu’on désire, même en n’étant pas ce qu’on désire. Mais aussi : même en ayant obtenu ce qu’on désire ! Je suis heureux, maintenant.

Deuxième étape: passer au « Je suis… ». Car le malheur existe, comme la souffrance et la frustration, comme la peur. Il nous arrive d’être perdu, fatigué, triste. Et là, avant de se retrousser les manches (lorsque c’est possible), le chemin pour retrouver la joie, c’est d’abord de s’accepter comme on est.

L’enfant préféré

– Dis-moi, petite maman chérie, lequel de nous est ton enfant préféré ?

– Je vais te le dire. C’est l’enfant qui est parti et que j’attends, c’est l’enfant qui est malade jusqu’à ce qu’il guérisse, c’est l’enfant qui a besoin de moi jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin de moi. Voilà qui est mon enfant chéri.

Qui sont vos amis ?

Qu’est-ce qui fait que vous et certaines personnes êtes amis ? Eh bien, comme dit la femme qui m’aime, un ami est quelqu’un qui vous connaît bien et vous aime quand même. Vos amis vous connaissent, vous et vos défauts, vous et certaines qualités que vous avez du mal à louer vous-même. Un ami peut sonner chez vous à deux heures du matin s’il a un gros problème. Il peut même vous appeler si le problème n’est pas grave en soi,mais grave pour lui : un énorme coup de cafard, une sale nouvelle, une déprime existentielle, une tentation vraiment diabolique. Vous seriez surpris et peut-être mécontents d’être tirés du lit à deux heures du matin, mais vous ne lui raccrocherez pas au nez ou ne lui fermerez pas votre porte. Vous lui offrirez même un chocolat chaud et un lit s’il était besoin. 

La maturité selon maman

Ce texte m’a été donné par ma mère à la fin de sa vie.

La maturité se reconnaît chez une personne à son attitude envers soi et envers son entourage, ce qui fait qu’elle ne pense plus et n’agit plus de façon infantile.

  1. La personne qui a de la maturité sait accepter une critique et sait en profiter afin de se perfectionner
  2. Elle ne s’apitoie pas sur elle-même et commence à reconnaître que, dans la vie de chacun, il y a des compensations
  3. Elle ne s’attend pas à ce qu’on lui porte une attention spéciale
  4. Elle se contrôle et ne s’emporte pas
  5. En cas d’urgence, elle sait réagir tout en restant calme
  6. Elle n’est pas facile à blesser
  7. Elle se rend responsable de ses actes
  8. Elle comprend qu’il y a du bon et du mauvais dans chaque personne ainsi que dans chaque situation. Ella a aussi compris que le vieux dicton « c’est tout ou rien » ne vaut pas grand-chose et qu’il faut chercher le juste milieu en tout
  9. Elle est patiente et comprend que l’univers ne dépend pas d’elle. Elle sait s’adapter aux personnes et aux événements
  10. Elle ne se laisse pas troubler par des choses incontrôlables
  11. Elle ne cherche pas à plaire et paraître d’une façon déraisonnable
  12. Elle se réjouit du succès de l’autre. Chez elle, il n’y a ni envie ni jalousie
  13. Elle sait que chacun a son opinion et y a droit. Elle écoute l’autre avec un esprit ouvert et, lorsqu’elle n’approuve pas, elle n’essaie pas d’imposer son idée
  14. Trouver et chercher les défauts de son semblable n’est pas son passe temps
  15. Elle a de l’ordre et n’attend pas la dernière minute pour tout faire
  16. Surtout, elle reconnaît que tout lui vient de Dieu et se remet entre ses mains comme un enfant. 

La cocotte

Dans la cocotte cabossée de votre vie passée, faites revenir l’amour que vous avez donné, celui que vous avez reçu et surtout celui pour aujourd’hui. Humez.

Ajoutez la disponibilité à l’instant en ôtant le ressassement du passé difficile. Mélangez à volonté la bonne compagnie avec vous-même, la joyeuse solitude, le jour qui vient et pas plus. Faites cuire en tenant compte de vos limites.

Mettez un brin de folie et créez le reste à fantaisie. Surveillez en ajoutant sans cesse toute joie, surtout celle d’exister sans raison.

Servez à toute heure et gardez une part pour l’invité surprise.

FD, 2009

La vérité

La vérité est comme une femme nue, elle attire les regards. Mais à vouloir la posséder toute entière, on fait bien des bêtises.

Pétomane mental

Il était une fois un homme qui avalait tout ce qu’on lui disait, les vérités comme les bêtises; ça lui encombrait l’intérieur, forcément, et alors, il pétait des pensées nauséabondes, ça sentait, c’était dégoûtant.

Euthanasie

A partir du moment où, dans certaines circonstances, le fait de donner la mort sera considéré comme un geste humanitaire, il évident que les barrières judiciaires qui auront été levées pour en restreindre la pratique seront détournées… Le fait de donner la mort doit rester un interdit absolu. Si quelqu’un est conduit en conscience à transgresser cet interdit, il saura qu’il commet une transgression qu’il aura à régler avec sa propre conscience, mais que, ce faisant, il ne s’accorde pas là une liberté qu’autoriserait la loi (Dr Abiven)

Le silence des sages

Quand quelqu’un qui a beaucoup à dire ne dit rien, son silence est assourdissant (glané je ne sais où)

L’amour et la haine

Si tu es qui tu hais, tu vas avoir un problème car tu es comme celui (ou celle) que tu détestes.

Et si tu hais qui tu es, tu ne t’aimes pas.

 

Contradictions tellement humaines…

Vous décidez de faire une retraite dans un monastère ; le cadre du monastère, l’architecture, le mode de vie, le silence, les offices orientent vos pensées et sentiments dans une certaine direction – c’est-à-dire font apparaître à la surface un personnage qui était latent vous décliné mais qui ne s’était peut-être pas manifesté jusque-là.

Vous allez pour la première fois dans ce monastère, et vous découvrez un aspect de vous que vous ne connaissiez pas. Vous vous connaissiez comme un séducteur assez porté au flirt, comme un ambitieux professionnel, comme un homme courageux mais assez coléreux. Et vous vous découvrez, dans ces circonstances nouvelles, des sentiments que vous n’aviez pas éprouvés, des pensées  qui ne vous étaient jamais venues à l’esprit, une vision nouvelle du monde. Bien que le monastère soit propice à la présence à soi-même, beaucoup plus propice que les conditions ordinaires de l’existence, il est possible qu’une fois de plus vous vous soyez identifié à ce personnage, que vous vous preniez vraiment pour ce personnage en oubliant tous les autres qui, momentanément, sont dans la coulisse.

Dans certains monastères, aucune femme ne pénètre ; pendant quinze jours, trois semaines, vous oubliez complètement la réalité du sexe féminin. Puis, vous quittez le monastère, vous prenez votre voiture ; vous avez soif, vous êtes un peu fatigué ; « Tiens, je vais m’arrêter et je vais prendre un thé ». Vous garez votre voiture, vous rentrez dans le café et il se trouve que la serveuse est assez jolie et légèrement vécue. Et voici qu’un tout autre personnage remplace le mystique avec lequel vous vous êtes confondu pendant quinze  jours ou trois semaines. Le mystique  a totalement disparu et c’est un autre visage avec des émotions, différentes, des pensées différentes, des attitudes physiques différentes, qui apparaît –  complètement différent ! Qui se préoccupe de savoir s’il est beau, s’il a de l’allure, s’il peut attirer et qui est très intéressé par le sex-appeal de cette femme. Et qui, s’il osait lui adresser la parole, s’il pouvait la séduire, serait prêt à passer la nuit avec elle –  quitte à donner un coup de téléphone en disant carrément à votre propre épouse « excuse-moi mais je reste une journée de plus au monastère ». Le mensonge qui eut parut impossible, impensable deux jours avant, devient naturel pour ce personnage-là.

(Arnaud Desjardins, Au-delà du moi)

L’ancien prisonnier est-il libre ?

Un prisonnier sort de sa prison et deux types l’attendent à la porte. Le premier, c’est son avocat et l’homme libéré demande « Qu’est-ce que je vais faire à présent ? » L’avocat répond : « Ce que vous voulez, à condition de ne pas violer la loi, sinon vous retournez en prison. »

Celui qui était prisonnier est un homme libre (libéré) et aussi libre (de ses choix) mais s’il veut éviter des ennuis, son choix doit tenir compte des conséquences de ses décisions.

Un autre type s’approche de l’homme. C’est un truand qui dit à l’homme : « On a un projet de casse, en es-tu ? »

L’homme qui vient d’être libéré est évidemment libre d’accepter ou de refuser. Supposons qu’il refuse et parte en auto sur une route de montagne pour se changer les idées. Là, il est ivre d’envie de vitesse et se demande s’il va conduire à toute allure au risque de se précipiter dans le ravin.

Il est libre d’appuyer ou non sur le champignon, c’est clair.

Mais s’il décide de respecter les limites de vitesse, il n’est pourtant pas « soumis » au code de la route. Il respecte seulement les contraintes qui lui signalent « danger ». Pour les autres choix de sa journée, il peut très bien s’arrêter sur le bas côté pour casser la croûte, faire une ballade ou autre chose qu’il veut, lui.

Alors, est-ce qu’on peut obéir tout en restant libre ? L’histoire tendrait à montrer que oui mais vous, qu’en pensez-vous ? 

Ne crée pas quelque chose de laid

  1. Ne crée pas quelque chose de laid, quelqu’un pourrait l’admirer
  2. N’ironise pas sur toi, quelqu’un pourrait te trouver risible
  3. Ne dis pas de mensonges, quelqu’un risquerait de te croire
  4. Ne séduis pas, quelqu’un risquerait de trop s’attacher à toi
  5. N’envoûte pas par ton charisme, quelqu’un risquerait d’être subjugués
  6. Ne règne pas par la terreur, quelques-uns aiment être esclaves
  7. N’érige pas ta morale en dogme, quelques-uns  pourraient y adhérer
  8. Ne tiens pas de propos abscons, quelques-uns  pourraient s’extasier
  9. Ne joue pas à saboter ta mission sur terre, tu risquerais de vraiment la saboter.

FD, d’après la devise d’Hermès (« ne crée pas quelque chose de laid… »)

L’oiseau et la ficelle (2011)

Vous êtes semblable à un oiseau attaché à un fil et ce fil, ce sont vos limites.

L’oiseau prend de nombreuses fois son envol et c’est très beau. Mais quand il arrive au bout de la longueur de la ficelle, celle-ci se tend et l’oiseau chute lourdement sur le sol. Alors, comme , il ne sent plus la ficelle tendue,  il se relève, reprend son envol et de nouveau Patatras ! Epuisant.

L’oiseau est en colère. Son ambition le pousse à reprendre son envol et les limites le font rechuter. Pauvre oiseau !

L’oiseau va t-il comprendre qu’on peut être magnifique en volant sans tendre la corde, en faisant attention de ne pas aller au bout de la ficelle?  Il faudrait que l’oiseau apprenne à voler de cette façon.

Car la ficelle n’est pas là pour rien. Dehors, il y a des chasseurs, les chats, les aigles. L’oiseau est tellement obnubilé par devenir lui même un aigle qu’il a oublié cela. La ficelle est donc très utile !

Il vaudrait mieux pour l’oiseau qu’il apprenne d’abord à voler prudemment dans son espace. Puis un jour, quand il sera prêt, quelqu’un coupera peut-être la corde. Si personne ne la coupe, cela n’empêchera pas l’oiseau de voler de belle façon dans son espace à lui.

De toute façon, pour l’instant, il n’a pas le choix. c’est prendre en compte la corde ou chuter une nouvelle fois.

Votre saveur

Vous que je croise, j’aimerais goûter votre saveur personnelle, ce qu’il y a en vous d’inimitable, de précieux. Ce qui fait que vous donnez du goût à ma propre vie et à la vie toute entière.

Quelle est votre saveur ? Cultivez-vous votre saveur ?

 

Petits contes

La jolie femme et le miroir

Elle avait le plus beau visage du monde, s’habillait le mieux du monde et avait le plus beau corps du monde. Elle était séduisante, charmante et attirait tous les regards.

Elle se regardait sans cesse dans son  miroir pour contempler sa beauté et le miroir lui disait : « tu es prisonnière de ton ego. »

Alors, elle cessa de se maquiller et s’habilla à la va comme-je-te-pousse.

Tous les jours, elle se regardait dans son miroir pour vérifier qu’elle n’était plus aussi charmante, ni désirable, et que son aspect désormais modeste ne pouvait plus attirer les regards.

Mais le miroir disait : « tu es prisonnière comme avant ».

 

Ma pov’tête !

Un homme m’a donné une gifle, ma tête est tombée par terre et s’est mise à rouler. J’ai couru après et elle s’est débattue, elle m’a dit « laisse moi! « . J’ai répondu : « oui mais tu ne peux rien faire sans moi ». Elle m’a dit “tant pis!” Je l’ai amenée devant un juge qui cueillait des noisettes dans un cerisier. Il est descendu et s’est tué en tombant et on a dit que nous l’avions assassiné, ma tête et moi. Alors ma tête est vite revenue sur mes épaules pour se sauver avec moi, ouf !

FD 

La reine de tous les mondes

La reine de tous les mondes m’a montré ses quatre filles. « Essaie les toutes, me dit elle, et prends celle qui te convient. Toutes sauf une sont des menteuses »

La première princesse rayonnait comme un soleil de gloire. « Viens dans mon lit, m’a-t-elle dit. Demain, le monde entier connaîtra tes exploits et ton nom restera dans la mémoire des hommes pour toujours ».

A côté, on entendait un bruit sourd et régulier, Boum boum. C’était la mort qui rappelait sa présence.

La seconde princesse était nue. « Ma soeur ne sait pas faire l’amour, m’a-t-elle dit. Viens dans mon lit. Sous mes caresses, chaque parcelle de ta peau t’apportera une indicible volupté. C’est quand tu voudras, comme tu voudras. »

A côté, on entendait un bruit sourd et régulier, Boum boum. C’était la mort qui rappelait sa présence.

La troisième princesse brillait comme l’or. « Mes sœurs mentent, me dit-elle, car elles ont besoin de moi pour leurs agissements. Je ne suis rien par moi-même mais si tu me choisis, tu auras accès direct à leurs chambres. «

A côté, on entendait un bruit sourd et régulier, Boum boum. C’était la mort qui rappelait sa présence.

La quatrième princesse était solide, normale et efficace. « Je t’aime, me dit elle. Partons sur les chemins. Je t’aiderai à discerner le bien, le mal et surtout le moindre mal. Je serai toujours avec toi, dans les palais et les chaumières, à l’âge mûr comme au temps de ta vieillesse et je te nourrirai de vraie joie. »

A côté, on entendait un bruit sourd et régulier, Boum boum. C’était la mort qui rappelait sa présence.

Je m’en retournai voir la reine de tous les mondes. « C’est celle-ci, dis-je, qui sera ma femme » en désignant la quatrième princesse.

« Ça ne fait rien, dirent les autres, on t’attendra. Nos portes sont toujours ouvertes. »

Ecrit par François Delivré à partir de l’introduction du Livre de la sagesse, dans la Bible. 

Les histoires

«  Les enfants ont besoin d’histoires pour s’endormir et les adultes pour se réveiller «  (Anselm Grün, moine)

 

Aie aie aie ! Rouler une pelle

Dans la rue, un matin, je rencontre soudain mon premier amour. Des dizaines d’années que nous ne nous étions pas vus ! Nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Sans prendre le temps de nous dire les milliers de choses que nous avons à nous dire, nous filons main dans la main vers l’hôtel le plus proche.

En début d’après midi, dans la supérette où je fais mes courses, je rencontre de nouveau mon premier amour. Trois heures que nous ne nous étions pas vus ! Sans prendre le temps de nous dire les milliers de choses que nous aurions à nous dire depuis le matin, nous retombons dans les bras l’un de l’autre et filons vers l’hôtel le plus proche.

A 5 h du soir, ma femme et moi prenons l’ascenceur et j’y retrouve mon premier amour. Je la salue poliment et lui demande ce qu’elle fait là. »J’ai emménagé ici samedi dernier » me répond-elle avec un grand sourire, quel hasard! » Ma femme demande : « vous vous connaissez ? » Je bafouille… amitié lointaine… études…

Aie aie aie !

Là dessus, ma femme s’approche lascivement de mon premier amour et lui roule une pelle aussi longue que le pain que nous étions partis chercher. « Les amies de mon mari sont mes amis, dit elle en la regardant les yeux humides et les lèvres itou. Justement, je manque de beurre. Puis-je passer chez vous ce soir en chercher  ? » Mon premier amour dit que oui, qu’elle est ravie positivement.

Aie aie aie !

François Delivré, décembre 2009

 

Débuts de contes, juste pour rêver

Un début d’histoire suffit pour rêver

  • Dans le coin de la pièce, recroquevillée, une jeune fille au visage stupéfiant de beauté, l’air terrorisée, suppliait : « ne tirez pas! »
  • Lentement, il approcha ses doigts de l’énorme bouton de nacre qui retenait l’unique bretelle. La robe de velours descendit d’un coup, se froissant par terre dans un bruit somptueux…
  • Elle vivait dans une mer profonde, si profonde qu’il fallait neuf jours à une enclume pour arriver au fond.
  • Caché dans le placard, je pouvais juste apercevoir les mains de l’homme qui défaisaient les bretelles du soutien-gorge. D’une voix rauque que je ne lui connaissais pas, j’entendais la femme que j’aimais geindre et soupirer de plus en plus fort…
  • Tranquillement, elle enveloppa le bout du tisonnier dans un gant ignifugé, puis s’approcha du prisonnier, le fer rouge à la main… (Il va passer un sale quart d’heure, à moins qu’elle veuille seulement lui faire peur. Mais pourquoi?)
  • Elle se jeta à son cou comme le fait une petite fille, croisant ses jambes autour de sa taille. Puis, réalisant ce que pouvait signifier un tel geste à l’âge adulte, elle les décroisa et se remit debout en rougissant.

 

Le château de Blabla les Foufouilles

C’est au château de Blabla les Foufouilles. Il y a dans la cave froide et noire une machine à nettoyer les petites filles qui ont fait ce qu’une petite fille ne doit pas faire. On les y enferme et ce qui se passe est terrible. Mais un jour, la petite Caridouline… (conte à inventer)

Exercice : 

1- imaginer ce que les petites filles ne doivent pas faire

2 – imaginer la machine et en quoi elle est terrible

3 – imaginer qui est Caridouline, comment elle a entendu parler du château de Blabla les Foufouilles, son âge, comment elle est habillée etc.

 

Babayote

Babayote est la vie à l’état pur, il n’ aucune morale.

C’est lui qui a l’idée de tout, qui crée tout, mais à peine l’a-t-il créé qu’il s’amuse à l’utiliser pour des bêtises.

Il a créé tout ce qui nous sert dans la vie de tous les jours, internet et la télévision, le GPS et les tramways, le téléphone portable et la FNAC.

Il n’arrête pas de faire des bêtises et ne s’en rend pas compte.

Il emporte du feu avec lui et seulement après se rend compte que ça brûle.

Il fait les choses simplement pour se rendre intéressant.

Il ne se soucie pas de ce que les gens disent, ne réfléchit pas. C’est lui qui a créé le sexe, parce qu’il avait envie de faire l’amour. Si vous avez une petite caverne accueillante, c’est à lui que vous le devez, vous les femmes. Avant, ça n’était pas très agréable, vous aviez des dents à cet endroit.

Il oublie tout, n’a aucune mémoire. Il oublie sa femme, ses enfants, son travail, ses rendez vous les clefs de sa maison, la liste de ses courses, le nom de ses amis, le prénom des femmes avec lesquelles il baise.

Dès que quelque chose ne va pas, n’allez pas chercher bien loin, c’est lui.

Lui qui ? Babayote.

 

Babayote et garçon qui pète

Babayote a entendu parler de Garçon-qui-pète, celui qui passe son temps à envoyer des flèches Pan dans le mille, prout. Magnifique ! Il va voir Garçon-qui-pète et le regarde, première flèche : Pan dans le mille, prout. Magnifique ! Deuxième Flèche Pan dans le mille, prout. Magnifique ! Troisième flèche : Pan dans le mille, prout. Magnifique ! et comme ça jusqu’à dix flèches. Mais Garçon-qui-pète est un sage, il se repose après chacun de ses pets.

Babayote a volé l’arc de Garçon-qui-pète et il s’amuse à lancer des flèches, il rate sa cible mais il s’en fout, il bande l’arc, tire et pète, prout. C’est laid, ça sent mauvais et ça pue mais Babayote s’en fout, il tire tire tire comme ça des dizaines de fois et il se roule par terre de rire.

Il a tellement tiré, Babayote, et tellement pété, que son cul en a été fatigué, il est devenu tout ridé. C’est pour ça qu’on a tous et toutes des rides autour du petit trou, c’est la faute à Babayote.

(Inspiré de Partition rouge, poèmes et chants des Indiens d’Amérique du Nord)

 

Babayote et le truc rouge sur la colline

Certains disent que c’est Babayote qui a fait le coup mais moi, je ne sais pas. On dit que Babaoyte avait baisé la grand-mère toute la nuit par derrière, vlan vlan et que la fille, au premier étage, se masturbait sans comprendre. Le matin, elle est allée voir la grand-mère et qui lui a demandé ce que c’était que le vlan vlan et la grand-mère a répondu : « Monte sur la colline et quand un verras un truc rouge et dur qui dépasse, masturbe-toi dessus ». la jeune fille est montée sur la colline en roulant des hanches mais pendant ce temps, Babayote y était déjà allé, s’y était enterré et seul son gros truc rouge et dur dépassait. Quand la jeune fille est arrivée au sommet, elle a vu le truc dur et rouge et elle a entendu une voix qui venait de la terre et qui disait : « Masturbe-toi, jeune fille, tu auras le pouvoir ». Alors la fille a relevé ses jupes et s’est accroupie sur le truc dur et rouge et bientôt c’était le même bruit que la nuit, vlan vlan. A la fin, elle est redescendue vers le village mais elle ne marchait pas comme avant. Les autres jeunes filles lui ont dit : « Tu ne marches pas comme avant, tu as sûrement rencontré Babayote ». Elles sont toutes remontées sur la colline mais Babayote était déjà parti baiser d’autres femmes.

Et vous, qu’est-ce que vous en pensez , est-ce que c’est Babayote qui a fait ce coup-là ?

(Inspiré de Partition rouge, poèmes et chants des Indiens d’Amérique du Nord)

Babaoyte et les sexe des femmes

Dans une autre vie, j’étais Babaoyte, le petit monstre, le chien fou, le coyote hurleur au clair de lune, le créateur et le farceur. En ce temps-là, merci les hommes, la femme-femme avait des dents à cet endroit enre ses cuisses et nous avions peur d’y aller, crac, coupé quand on y entrait. Alors moi, Babayote, j’ai pris dix tuyaux de fibre de verre et je me suis mis le premier autour. La femme-femme a ouvert les jambes et crac crac, elle a dit « que c’est dur », puis elle a dit « que c’est bon » et elle faisait crac crac. Quand le premier tuyau a été presque rongé, je me suis mis le second autour et j’y suis retourné et la femme-femme a dit : « Encore encore ! Que c’est dur que c’est bon ! » Et elle sciait, et moi j’y allais, j’y allais, crac crac. Au huitième tuyau toutes ses dents étaient rongées et son intérieur était devenu doux, chaud et accueillant comme il l’est maintenant. Ah les hommes ! Remerciez-moi, c’est à cause de mon idée que vous pouvez maintenant vous glisser sans crainte dans le petit fourreau des femmes.

(Inspiré de Partition rouge, poèmes et chants des Indiens d’Amérique du Nord)

 

Un amour, mon amour

Vous avez seize ans et votre professeur de philosophie vous a pris en amitié. Souvent, vous allez souvent chez lui pour parler. Vous avez pour lui un immense respect.

C’est son épouse qui vous ouvre la porte, toujours. Elle est si belle que vous ne savez pas comment la regarder. Parfois, quand son mari est en retard, elle vous fait entrer dans la cuisine et là, vous parlez tous les deux. Elle vous interroge sur vous, vos études, vos passions. Elle est femme jusqu’au bout des doigts et, lorsqu’elle regarde ailleurs, vous osez regarder le corsage qui se soulève, ses reins et la masse de ses cheveux qui ruisselle sur son dos. Vous brûlez de fièvre et de désir. Le soir, dans votre lit, vous vous caressez le corps en pensant à elle. Vos rêves à son égard sont d’une extrême audace.

Vous l’aimez tellement qu’il faut que quelque chose se passe. Alors vous décidez de partir étudier à l’étranger, encouragé par votre professeur qui ne se doute de rien et ne voit que votre ambition. Il faut fuir, oublier le feu qui vous dévore. Le jour de votre départ, vous allez la voir. Elle vous embrasse maternellement et vous dit : « Ecris moi,  je m’ennuie parfois tellement ».

Pendant quatre années, vous lui envoyez des lettres sages qui racontent votre vie, vos études. Ce sont des lettres très correctes qui peuvent traîner sur le coin de sa table. Mais le soir, vous lui écrivez d’autres lettres et celles-ci sont brûlantes. Vous ne les lui envoyez pas, bien sûr.

Quatre ans après, vous sonnez à nouveau à la porte pour revoir votre professeur et c’est elle qui vous ouvre . Elle est si heureuse de vous retrouver ! Elle vous accueille, vous fait parler et vous reproche gentiment de ne pas lui avoir assez écrit.

Alors, vous tirez de votre poche vos lettres secrètes et les lui donnez. Elle prend le paquet, ouvre, lit. Cela dure très longtemps. Vous la voyez s’attendrir, sourire, pleurer et parfois rougir. Puis elle se lève, va à la fenêtre et vous la suivez. Elle se retourne et de son doigt, touche lentement votre visage, votre barbe naissante. Vos visages s’approchent et un instant, un court instant, vos lèvres se touchent, s’ouvrent un peu. Vos langues s’effleurent.

Elle recule, devient sévère et dit : « Ne fais plus jamais cela ». Puis ses traits se détendent et c’est comme une moue de petite fille. Elle ajoute : « Je t’en supplie… »

 

La légende des moaïs de l’île de Pâques

― Pourquoi est ce que la lune ment, mon chéri ?

― Parce quand on voit la lune avec un C majuscule, on pense qu’elle croît mais ce n’est pas vrai, elle diminue. Et quand on  voit un D majuscule, on croit qu’elle décroît, mais c’est faux, elle grossit. La lune ment, mon amour.

― Pourquoi ment-elle ?

― Parce qu’elle est une femme et qu’elle est obligée de mentir.

― Obligée ! Sale macho !

― Pas du tout. Ecoute l’histoire. Autrefois, il y avait une seule femme, la lune, et c’était la femme du soleil. Elle était invisible à cause de l’éclat de son mari, ça ne lui plaisait pas du tout. En plus, le soleil était toujours occupé à faire quelque chose et la femme n’avait pas ce que veut tout femme.

― Que veut toute femme, ma chérie ?

― Etre désirée, caressée, préférée. Et surtout, surtout, avoir un enfant, avoir un enfant. Mais le soleil était occupé à bien autre chose.

Alors, un jour, la lune vit l’homme oiseau qui habitait sur l’île de Pâques, Rapa Nui, à mille jours de bateau de toute terre. Elle se dit « l’homme-oiseau est si loin de tout qu’il ne dira à personne ce qui va se passer. »

La lune descendit jusqu’à l’île et l’homme oiseau la fit entrer dans une grotte. Il la désira, la caressa, la préféra et lui fit un enfant.

Mais le soleil voit tout, sait tout! Lorsque la lune sortit de la grotte, il lui demanda ce qu’elle avait fait et, pour la première fois, la femme mentit.

Alors, le soleil se fâcha et créa la nuit pour ne plus voir sa femme.

Un peu plus tard, la lune sentit qu’elle était grosse de l’enfant que lui avait fait l’homme oiseau. Elle posa ses pieds dans la mer de part et d’autre de Rapa Nui, l’île perdue à mille jours de bateaux de toute terre. Elle accoucha de trois mille six cents enfants de pierre qui tombèrent sur l’île, comme ça, en s’enfonçant dans la terre. Elle les appela Moais, les enfants de pierre, les enfants du premier mensonge. Si tu vas là bas, tu les verras.

― C’est une histoire un peu triste, mon chéri

― Très triste, mon amour.

 

Une histoire de miracle

Hiver 1829. Un navire quitte le port de Sydney avec 18 matelots et 3 passagers. Au quatrième jour de navigation, une tempête se déchaîne. Naufrage. Tout le monde se retrouve sur un rocher. Après deux jours misérables, un trois-mâts passe au large, les repère, les embarque. Sauvés !

Non. Cinq jours plus tard, un mauvais courant les jette sur un récif. Deuxième naufrage, deuxième repêchage par une goélette. À peine ont-ils le temps de respirer qu’un incendie se déclare à bord : il faut abandonner le navire. À nouveau, on s’installe dans des chaloupes, à nouveau les passagers sont secourus par un navire providentiel.

Quelques jours plus tard, nouvelle tempête, quatrième naufrage. Huit heures de dérive et un bateau de pêche qui sauve à nouveau tout le monde.

Encore un écueil, cinquième naufrage, cinquième sauvetage grâce à un paquebot qui passait par là.

À bord du paquebot se trouve une vieille anglaise malade qui se rend en Australie pour essayer, contre toute raison de retrouver son fils. Cela fait dix ans qu’elle est sans nouvelle de lui. Elle délire, appelle son fils. Le médecin du bord imagine alors un subterfuge : lui  présenter un jeune homme que l’on ferait passer pour le garçon perdu. « Souvenez-vous, dit le médecin, cette dame s’appelle Sarah Richley, elle habite en l’Angleterre. » Le matelot blêmit. « Docteur, dit-il, je m’appelle Peter Richley. Cette femme est ma mère, ma vraie mère. »

Cinq naufrages pour retrouver sa mère ! Et tu dis que les miracles n’existent pas ?

(d’après l’almanach de Henri Gougaud)

 

Grains de coaching

Permis à points du coach

Décret MTBF n° 987654321 du Ministère du Travail Bien Fait.

Il est institué un permis de 12 points pour chaque coach. En cas d’infraction, le coach se voit retirer des points.

Lorsqu’il a perdu tous ses points, il doit faire une revue de professionnalisme chez un superviseur tip top, voire reprendre une formation dans une (bonne) école de coaching.

4 classes d’infractions sont établies.

Erreurs banales (0 pt)

Situations où il n’y a pas eu de conséquences pour le client et / ou le coach. Ce dernier a rectifié les choses au fur et à mesure.

Par exemple : moments d’inattention du coach, contrat de séance flou, sauvetage léger et sans conséquences, papotage inconsidéré etc.

Alertes (1 pt)

Situations où le coach a fait une erreur banale sans avoir eu  conscience et rectifié. Lui et son client ont perdu du temps et/ou n’ont pas avancé vers l’objectif.

Par exemple : Le coach n’a pas fait de contrat de séance , ou n’a pas métacommuniqué alors que la relation entre lui et son client devenait difficile ;

Le coach a rencontré une difficulté contractuelle qui était prévisible au départ  (typiquement : avoir oublié de préciser le nom d’un « interlocuteur responsable » dans l’entreprise).

Erreurs sérieuses (2 pt)

Situations dans lesquelles le coach a pris des risques inconsidérés. Par exemple :

Le coach est passé en « pouvoir sur » le client ;

Il n’a pas maintenu une saine distance relationnelle avec le coaché (genre copain/ copain)

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4 – Ils évitent les ennuis… sans le dire

Il y a quelques années, le patron d’une équipe projet que j’aidais à réussir son « challenge » m’avait dit  : « finalement, tout va bien dans notre projet, ce n’est presque pas la peine que vous soyez là ».

Je lui avais alors patiemment expliqué les ennuis auxquels, grâce à ma vigilance, son équipe et lui-même avaient échappé.

Il en va de même de tous les professionnels, ils font en sorte que leurs clients évitent les ennuis et ceux-ci ne le remarquent pas souvent. Mais il en va aussi de même pour les dirigeants politiques. Nous tempêtons souvent parce qu’ils ont du mal à tenir leurs promesses mais nous ne voyons pas bien les dangers auxquels, grâce à eux, nous échappons.

Et si nous étions un peu plus lucide et un peu moins ingrats ?

3 – Coachs besogneux, coachs sages

Evidemment, quel coach ne rêve pas en secret d’être semblable à ces vieux sages d’orient ? Vous savez, ces types assis en haut d’une montagne qui ne font plus rien, ne disent plus rien, mais qu’on va voir quand on a un problème. Ils écoutent et cela suffit. Ou bien ils disent quelques mots qui laissent bouche bée.

On en rêve. On aurait abandonné les outils, les méthodes. On aurait atteint une perfection d’être qui suffirait à aider autrui.

Ce serait tellement mieux que d’être un coach normal qui a aussi besoin de business, qui se réfère de temps en temps à ses méthodes et outils, qui n’a pas lâché tout son ego et qui parle au client. Un coach besogneux, quoi…

Alors, coach sage ou coach normal ? Face à ce choix difficile, je reviens à la question salvatrice :  » De quoi a besoin le client?  »

 

A une coach déçue par un congrès – Les modèles en coaching

J’ai lu ton mail à propos du congrès de XXX consacré à l’approche YYY des personnalités (je ne la nomme pas ici pour ne pas déclencher d’inutiles polémiques).

Visiblement, cette manifestation t’a déçue. Tes reproches sont vifs : niveau très bas des interventions et tu ajoutes même « très superficiels ». Tu dis aussi que les reproches que l’on fait souvent au côté « recettes Marie-Claire » des approches comportementales étaient, là, justifiés. Tu en es sortie avec de grands doutes quant à l’approche en question et me demande mon avis.

La difficulté que tu soulignes ne me paraît pas propre au modèle dont tu parles. Elle est présente pour tous les modèles, approches, ou grilles d’explication de la réalité. C’est vrai dans le domaine psychologique comme dans le domaine scientifique, chaque fois qu’une explication de la réalité prétend à l’universalité.

Prenons justement un exemple scientifique : la fameuse histoire de « l’éther ». Tu te souviens sans doute qu’à la fin du XIXe siècle, les expériences de Michelson et Morley sur la vitesse de la lumière démontraient une incohérence avec la théorie électromagnétique de Maxwell qui faisait alors force de loi. Les scientifiques de l’époque, plutôt que d’oser changer leur façon de penser, avaient alors inventé un concept bizarre, celui de l’éther, un « quelque chose » qui remplissait le vide mais qu’on ne pouvait pas appréhender. Surtout, c‘était un artifice qui justifiait les équations. Mieux valait tordre le cou au réel plutôt que remettre en cause leur structure de pensée !

Il en va de même pour tous les modèles que nous utilisons dans notre travail, que ce soit à la gauche du « curseur », dans le domaine psychologique et relationnel, ou à la droite, dans le domaine managérial et culturel (je fais référence à l’image donnée dans « Le métier de coach »). Chaque fois que nous connaissons bien un modèle et en avons vérifié la pertinence, nous avons tendance, par paresse intellectuelle et par peur d’ébranler notre propre structure mentale, à utiliser les modèles au-delà de leurs limites. Or, toute approche de la personnalité à ses limites, et j’oserais dire : toute approche scientifique également. Même la psychanalyse, qui se targue parfois d’être la reine des approches psy, a ses limites.

L’une des façons, pour appréhender les modèles psy de personnalités, est de se souvenir qu’ils sont d’autant plus pertinents qu’ils s’appliquent à une personnalité rigidifiée. Ils tapent d’autant plus « dans le mille »que la personne qui en est l’objet a perdu sa capacité d’adaptation à la réalité. Ils sont d’autant plus applicables que la personne est prévisible, mécanique. On peut alors utiliser des recettes comportementales simples, voire simpliste… Et ça marche ! Evidemment que ça marche ! Cela marche comme marche toute mécanique. Les recettes type « Marie Claire » deviennent effectivement efficaces. Mais en même temps, une telle démarche pseudo-psy perd de vue qu’elle a en face de lui un « sujet » et pas un « objet ». On risque de s’enfermer dans ses interprétations à partir d’une grille… et on y enferme l’autre. On porte sur lui un diagnostic hâtif (et parfois définitif), en se coupant de son intuition et surtout, hélas, en enfermant l’autre dans un schéma déterministe où son psychisme est réduit à une case de grille.

Un autre danger guette toutes les approches psychologiques, si pertinentes soient elles. C’est l’enfermement de la recherche à l’intérieur même du modèle. Pour perfectionner celui-ci, on se met à raffiner, à complexifier. On étire la grille dans tous les sens pour qu’elle s’ajuste mieux, croit-on, à la réalité. Loin de moi l’idée de maîtriser les travaux de recherche !  Mais il vaudrait mieux parfois que les spécialistes d’un modèle aient le courage intellectuel et l’humilité de travailler sur des limites de leur propre modèle plutôt que sur son universalité.

Voilà, je pense, ce à quoi tu as assisté à ce fameux congrès qui t’a tant déçue : un enfermement d’experts dans leur propre modèle.

Je te sais assez intelligente pour garder ton esprit critique et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Utilisé à bon escient et avec compétence, un bon modèle psy permet d’effectuer assez rapidement un diagnostic de personnalité.

Congruences et incongruences

J’observe le docteur qui observe ma compagne. C’est l’un des plus grands spécialistes dans son domaine et, tandis qu’il lit le dossier de la personne que j’accompagne, j’ai l’œil du professionnel pour le professionnel.

Etonnant. Il voit tout, repère tout. La raideur d’un muscle, la dissymétrie  d’un geste. Il fait cela tout en questionnant son patient, en feuilletant le dossier médical, en prenant des notes. Elle travaille et elle observe en même temps. Son diagnostic repose autant sur son observation dans l’instant que sur les informations données ou lues dans le dossier.

L’équivalent, dans notre métier de coach, consiste à repérer les congruences ou les incongruences, c’est-à-dire l’accord ou le désaccord que nous montre le client entre le verbal et le non verbal. Cette acuité de l’observation va de pair avec le fonctionnement mental. Une oreille écoute ce que dit le client et l’autre écoute ce qui se dit derrière ses mots. Un œil voit le client et l’autre repère les incongruences.

C’est l’une des raisons pour lesquelles ce métier est si fatigant. Par exemple, un client commence à compter sur un doigt, comme s’il allait faire une énumération. Puis il s’arrête. Qu’a-t-il voulu « ne pas dire » ? Ceci, naturellement, n’est pas conscient Mais le coach est payé pour repérer de tels phénomènes et vérifier auprès du client si son comportement a une signification.